Blanc comme neige...

Le blog d'un terrien dans les années 2060, rédigé depuis une cité enterrée sous la glace et la neige, à une époque bouleversée par les changements climatiques.

26 février 2009

Dix neuf ans

Je dis souvent que les seules femmes qui s'intéressent à moi ont soit moins de dix ans, soit plus de soixante. Et, la plupart du temps, c'est vrai.

Mathilda n'est ni si jeune, ni si âgée, mais merde, elle n'a pas vingt ans, et c'est bien trop jeune pour être raide dingue d'un Sven Vërgson. C'est une amie de l'une des soeurs d'HD. Une gamine dans un corps de femme qui n'a pas hésité à m'aguicher clairement depuis une semaine. Ce n'est même plus du 'rentre dedans' : c'est un plaquage de rugby dans la plus belle forme de l'art. Un plaquage qui ne relâche pas son étreinte et qui te colle comme une sangsue. Et je ne connais qu'une seule façon de se débarasser des sangsues.

"Tu sais..." commençais-je en baissant la voix, en prenant un air sombre, et en me penchant un peu vers elle, "la plupart des gens que je connais te diront que je suis un mec sans histoire. Que j'ai toujours eu une vie facile, sans trop d'emmerdes. Que je ne sais pas ce qu'est le malheur..."

Je baissais les yeux pour rajouter à l'intérêt dramatique.

"La vérité... la vérité c'est que..."

Je me redressais soudain, un grand sourire aux lèvres.

"La vérité, c'est qu'ils ont tout à fait raison."

Je me régalais de son expression interloquée.

"Et tu sais pourquoi j'ai jamais eu trop d'emmerdes ?"

Elle ne savait plus trop quoi penser de la situation, je crois. Elle ne sut que répondre et ne fit que secouer tout doucement la tête.

"J'ai jamais eu trop d'emmerdes pour la simple et bonne raison que je les cherche pas. Et, à mon âge comme au tiens, sortir avec quelqu'un de dix ans plus jeune, c'est la promesse solennelle d'emmerdes à foison."

Je te jure : je l'entendis retenir son souffle.

"Alors ouais, je sais : les mecs c'est con, encore plus à ton âge qu'au miens, et ça veut dire beaucoup. Je suis bien placé pour le savoir. Mais en cherchant on finit toujours par trouver une perle au milieu des huîtres."

Elle ouvrit la bouche pour parler, mais je stoppais son mouvement en levant mon index.

"Nan. Moi, je suis un oursin."

Je me levais, et sans un regard en arrière la laissais plantée là. J'avais bien envie de me retourner pour voir comment elle réagissait, mais j'avais tellement réussi ma sortie théâtrale que je n'osais pas tout gâcher.

Je ne connais qu'un moyen de me débarasser des sangsues. Et, sans trop vouloir me vanter, je trouvais que ma petite tirade ne manquait pas de sel.

Sven Thomasson Vërgson
26ème jour de Février 2069

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24 février 2009

Un Dimanche

Hurley sort régulièrement tout un tas de théorèmes à la con. Hier encore, il me disait :

"Tout corps plongé dans un liquide reçoit un coup de téléphone"

Aujourd'hui, le portable a sonné alors que je venais de pénétrer ma cabine de douche où m'attendait pourtant un bon jet bien chaud.

"Allo ?
- Salut Sven, c'est Hurley.
- Tu fais chier...
- J't'avais pas précisé que ça marchait aussi avec les douches ?"

Je le soupçonne de manipuler les théorèmes physiques d'une façon peu académique.

"Dis-moi Sven, tu peux me filer un coup de main ? J'ai un problème avec mon four..."

Et voilà comment un délicieux dimanche tranquille à ne rien faire s'est transformé en dimanche bricolo-pas rigolo. Le four avait effectivement un problème de variateur, qui faisait monter ou descendre la température de façon complètement anarchique. Du coup Hurley se retrouvait avec des aliments soit trop cuits, soit pas assez. Je me suis abstenu de lui expliquer que mon micro-ondes arrive à faire les deux en même temps : je ne me sentais pas de supporter ses explications scientifiques de magazines.

Mais au final, que s’est-il passé ? On a passé une journée à démonter, tester et remonter. A pester, et recommencer. A rire et à discuter. A deviser et à refaire le monde. Bref : à penser à autre chose qu’à nos petites vies de jamais contents. A se détendre.

J’ai pas eu le sentiment de bosser.

 C’était bel et bien un dimanche.

 

 

Sven Thomasson Vërgson
24ème jour de Février 2069

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21 février 2009

On se refait pas

"C'est quoi ton style de femme Sven ?
- Une jolie blonde idiote, sourde, muette et nymphomane, qui a perdu sa mère, et dont le papa possède un bar."

Il a ouvert de grands yeux ronds. Il est con aussi : à me poser la question si souvent, comment peut-il espérer une réponse sérieuse ? Plus ça va, plus il me pousse dans mes derniers retranchements...

"Tu changes pas Sven. Toujours incapable d'une discussion sérieuse avant le café..."

Ah, c'était une discussion sérieuse ?

"On se refait pas, Hurley. On se refait pas..."

J'ai répété "on se refait pas", parce que la première fois mes mots ont été masqués par le bruit caractéristique de ma machine à café montant en température. C'est un son magnifique, qui me provoque de petits frissons au bas de la nuque ainsi qu'une légère montée de salive. On se refait pas, hein.

"Nouveau café ?" qu'il m'a demandé, changeant de sujet.

Putain, il sait bien que j'ai du mal avec les discussions sérieuses avant le café.

"Ouais. Je suis allé voir la petite boutique spécialisée dans la rue d'à côté, histoire de tester. La fille qui tient ça s'y connait, elle a plein de trucs. J'adore ce nouveau quartier."

Je cherchais désespérement une suite à ma phrase, voyant très bien qu'Hurley n'attendait qu'un silence pour repartir sur la discussion qui l'intéressait vraiment. Le café n'était qu'un leurre, et je n'avais pas oublié sa question première. Je le connais, hein. Toi aussi, d'ailleurs. T'as certainement deviné à quoi j'essayais d'échapper.

"Elle est sympa, la fille de la boutique de café, hein Sven ?"

Merde : la question café n'était pas un leurre. Il m'a eu en m'attaquant avant le café. L'enflure, il me connaît bien.

"Sven, j'crois qu'suis amoureux."

On peut toujours essayer de changer, et même réussir un peu.
Mais au fond, on se refait pas.


Sven Thomasson Vërgson
21ème jour de Février 2069

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18 février 2009

Le long fleuve tranquille

Je ne viens pas souvent par là-bas. Y'a pas grand chose à faire dans ce quartier, faut dire, alors ceci explique cela. Je ne viens pas souvent, et c'est sans doute pour cela que ça m'a marqué.

J'étais pourtant pas très ouvert sur l'extérieur, dans ma tête, ce matin. Quand la porte grillagée de la passerelle s'est bloquée - comme elle l'avait déjà fait la dernière fois - il m'est immédiatement venu à l'esprit trois façons de régler le problème. Dont trois pas vraiment conformes à ce qu'on attend d'un citoyen modèle. Bref, j'étais pas très ouvert sur l'extérieur, mais il faut croire que malgré tous les efforts qu'on fait parfois pour rester en apnée dans les abysses de son propre esprit, un rien peut nous en faire ressortir.

En l'occurrence, le rien en question se matérialisa sous la forme d'une mémé cabossée et rigolarde qui donnait à manger aux chats du quartier, au pied de la passerelle verglacée. Une mémé, sept chats, et me voilà à penser "blanche neige et ses sept nains", et c'était foutu. D'autant plus que, si je levais la tête d'un air intrigué, c'est que j'avais déjà observé cette même scène au même endroit, la dernière (lointaine) fois où j'étais passé par ici.

Je m'apprêtais à replonger dans l'océan de mon cerveau (je m'y noie facilement, dernièrement, car il est bien liquide) lorsque j'empruntais une galerie en travaux et en conséquence plutôt encombrée. Deux ouvriers guidaient une énorme palette de matériaux livrée via la grue d'un camion que j'eu envie de décrire comme un "poids très lourd". Casques sur la tête, manoeuvrant lentement, ils semblaient en difficulté avec leur pesante cargaison, m'obligeant à stopper ma marche le temps qu'ils aient terminé. Et là, je me suis rappelé que j'avais assisté exactement à la même scène, la dernière fois. Je fronçais un sourcil. Pas à cause de la sensation de déjà-vu qui semblait être le thème de ma mâtinée, mais juste parce que je fais beaucoup ça. Je crois que j'aime bien, en fait.

J'étais bientôt arrivé à ma destination, quand mon esprit désormais alerte m'évita de justesse la collision avec deux femmes qui papotaient derrière le coin d'une galerie - je dois avouer que je tournais assez brusquement. Et tu sais pourquoi j'ai évité la collision ? Non pas à cause de réflexes éclairs (il était huit heure trente du matin), mais parce que mon subconscient s'est soudain souvenu que, la dernière fois, il y avait deux personnes qui discutaient dans cette ruelle. Ma sensation de déjà-vu fit le reste, je ralentis mes deux derniers pas, et esquivais ainsi les tisseuses de ragots. Pour la petite histoire, elles étaient moches. Pas de regret.

Y'a absolument rien de magique, dans l'histoire : la porte de la passerelle bloque tout le temps, la mémé est surement là tous les matins, la galerie en travaux reçoit certainement du matériel chaque jour, quant aux commères elles n'ont sans doute que ça à foutre de papoter dans le froid. Mais justement, c'est tout ça qui m'amène à penser que, finalement, c'est drôle de voir comment les jours se suivent et se ressemblent.

Si la vie est un long fleuve tranquille, je suis sûr qu'il fait le tour de la Terre et n'a en fait ni source, ni embouchure...


Sven Thomasson Vërgson
18ème jour de Février 2069

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15 février 2009

Nostalgie

"Alors, ça va Sven ?"

J'ai haussé les épaules, en regardant par le dôme de nanoplexi. Parce que ça fait un an, jour pour jour.

C'est court, et finalement c'est long. Je sais que tu ne pourras pas vraiment comprendre, mais essaie d'imaginer mon état d'esprit : il y a un an, jour pour jour, je sortais de la cité Azur, pour ne plus y revenir avant de nombreux mois. Ce devait être le début d'une nouvelle vie, et en vérité, ça l'a été. Une parenthèse. Une vie ailleurs, avec un autre environnement, d'autres personnes, un autre état d'esprit, d'autres habitudes. Peut-être un autre moi.

Aujourd'hui, trois cent soixante cinq jours plus tard, je suis de nouveau dans mes galeries souterraines. Je voulais que mon retour soit le début d'une nouvelle vie, et en vérité, ça l'est. Un nouveau départ. Une vie ici, certes, mais avec un nouveau boulot, de nouvelles rencontres, un nouvel appartement, un autre état d'esprit. Peut-être un autre moi.

Je n'en oublie pas pour autant ma vie d'avant, là-bas. Et même si ma vie de maintenant m'oblige à faire un effort pour me remémorer les gens et les paysages, même si le pense-bête que je m'étais conçu me sert encore plus que je n'aurais pu l'imaginer, même si je suis déçu de voir que je dois parfois me servir de mes photos comme béquilles pour ma mémoire... je n'oublie pas.

Je n'oublie pas.


Sven Thomasson Vërgson
15ème jour de Février 2069

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14 février 2009

Souvenir de 14 Février

"Excuse-moi, je me sens toujours un peu ridicule quand je demande ça, mais... on ne se serait pas déjà rencontré quelque part ?"

Elle tourna la tête, avec une expression à demi exaspérée.

"Elle n'est pas un peu éculée cette technique de drague ?
- Même si c'est sincère ?
- Quoi, la question est sincère ?
- Ben non, la drague."

Elle secoua la tête et fit mine de partir.

"Non, sérieusement, on ne s'est pas déjà vu ?
- "Sérieusement" ? Parce que la drague n'était pas sérieuse, donc ?
- Ah ben si.
- Non.
- Non quoi ?
- Non je ne crois pas qu'on se soit déjà vus."

Je ricanais.

"Ah, j'ai eu peur, j'ai cru que le "non" était la réponse à la drague.
- J'ai pas dit "oui".
- Si on va par là, tu n'as pas dit "non"...
- Non.
- Non quoi ?
- Non j'ai pas dit "non"."

Une lumière de compréhension passa dans mon regard.

"Ah, ça y est !
- Quoi ?
- Je me souviens où je t'ai déjà vu !"

Elle croisa les bras, un demi-sourire aux lèvres.

"Et où donc ?"

Je le lui ai dit. Elle a sourit.

***


C'était il y a cinq ans, jour pour jour. Ma plus belle réussite en terme de drague. Un joli jour. Une jolie histoire. Belle, comme dans "Roméo et Juliette". Car seulement deux mois et demi plus tard, elle prit son dernier souffle et prononça ses dernières paroles dans mes bras, souriant tristement devant mes yeux en larmes.

"Rendez-vous là où tu m'as vu pour la première fois."

J'ai reniflé avant de demander :

"Tu y seras ?"

Elle a soupiré puis murmuré :

"J'espère..."

***


"Ah, ça y est !
- Quoi ?
- Je me souviens où je t'ai déjà vu !"

Elle croisa les bras, un demi-sourire aux lèvres.

"Et où donc ?"

Je plongeais mes yeux dans les siens.

"Dans un rêve..."



Sven Thomasson Vërgson
14ème jour de Février 2069

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11 février 2009

Deux vies

"Elle m'a volé mon âme, gamin. Volé mon âme."

Gamin, gamin, gamin toi-même ! Il est pas plus vieux que moi, malgré son air de déterré et sa barbe d'une semaine. Ses cheveux blonds et longs sont propres, et il ne semble pas bourré. Il boit son whisky lentement en me fixant de ses yeux profonds, un peu comme s'il cherchait quelque chose à l'arrière de mon arrière-cerveau. Il ne semble pas bourré... mais n'est pourtant pas très cohérent.

"C'est une sorcière blanche aux yeux de glace. Le bleu de ses prunelles est surnaturel, c'est comme ça que tu peux la repérer, gamin. Mais surtout, ne la fixe pas trop longtemps, car elle est sur cette Terre pour finir ce que la Nature à commencé : glacer le cœur de l'humanité. Elle tend la main vers toi, et ses doigts deviennent de fins serpents blancs qui pénètrent ta chair, font froid dedans, et ressortent en emportant ton âme..."

Sa lucidité et sa voix rauque donnent la chair de poule. Je vois Lewis me lancer un petit sourire en coin, tandis qu'il essuie un verre déjà propre avec une serviette immaculée. Mais c'est pas lui qui va venir m'aider. Alors je reste sur mon tabouret haut, avec mon verre de rhum, face à celui que tout le monde surnomme 'deux vies'. Il a beau être amnésique, et s'être inventé cette histoire de voleuse d'âme, il a le visage de celui qui a souffert. De celui qui a vraiment perdu une âme. Comment en est-il arrivé là ? Que fait-il de sa vie ? Il cherche.

"Si tu la croises un jour, gamin, fais-moi signe : il me faut la retrouver. L'affronter est le seul moyen pour moi de retrouver mon âme et une vie normale. Une vie normale..."

Un exutoire. Un but. Un 'Mobi Dick'. Quelque chose dont il ne saurait pas quoi faire s'il la trouvait. Si cette sorcière existait et qu'il lui tranchait la tête, demain, que ferait-il alors ? Pourrait-il reprendre une vie normale ? Qu'est-ce qu'une vie normale, pour 'deux vies' ? Quelle était sa vie, la première ?

Il ne la trouvera jamais, la sorcière blanche. Et c'est tant mieux : il gardera à jamais sa raison de vivre. A défaut d'avoir gardé sa raison...

Sven Thomasson Vërgson
11ème jour de Février 2069

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08 février 2009

Sourire garanti

"Une bonne vanne bien pourrie judicieusement placée ?
- Nan."

Je marchais à grands pas décidés sur la traverse glaciale. Hurley trottinait, essayant de suivre mon rythme pour rester à ma hauteur.

"HD quand il sourit ?
- Il sourit tout le temps.
- Ouais, mais ça me fait marrer à chaque fois..."

Je pris une galerie perpendiculaire. Je savais où j'allais : j'allais montrer un truc à Hurley.

"Nan, c'est pas ça", répondis-je dans une légère volute blanche.

J'avais posé une colle à mon pote, et il essayait depuis cinq bonnes minutes - en vain, cela va de soi - de deviner ce qui est capable de me donner le sourire, quel que soit l'état d'esprit dans lequel je me trouve.

"Les yeux de Svetlana ?"

Je lui lançais un regard noir. Pas besoin de répondre : il avait compris que ce n'était pas la bonne réponse. C'est dingue de voir à quel point nos meilleurs amis nous connaissent finalement mal, hein ?

"Nan. Ce qui est toujours capable de me faire sourire, même quand je suis vraiment pas d'humeur, c'est ça."

Nous venions d'arriver au coin de la galerie Garibaldi, celle qui mène sur la place sous le dôme de nanoplexi. Comme je l'espérais, le gars n'avait pas changé d'emplacement et faisait toujours son numéro, entouré d'un assemblement de badeaux modeste mais réel. Hurley fronça les sourcils, et nous nous approchâmes pour nous mêler aux curieux.

Le type est basané, mais je serais bien en peine de deviner son origine. Tout comme je suis incapable de lui donner un âge. De toute façon, je ne l'ai jamais bien regardé, car dès que je l'ai approché l'autre jour je n'ai vu que ses mains et ses doigts qui virevoltaient comme les ailes des papillons de nuit. Vêtu d'un long trench coat élimé et gris comme la cendre, il fait pleuvoir des cartes.

Des cartes. Des cartes à jouer. Des dizaines, à ses pieds. Il sourit, exposant ses dents blanches et bien alignées, tournant et retournant ses mains foncées d'un côté et claires de l'autre, vides de l'un comme de l'autre... et pouf. Des cartes. Il avait les mains vides, et maintenant il les a pleine. De cartes. Des cartes en éventail. Une suite royale à coeur. Un carré de sept. Il les jette en l'air vers l'assistance médusée. Pouf : un as de carreau apparaît entre son pouce et son index ; puis un as de pique ; puis un as de carreau encore ; puis un as de pique. Il triche. Oui, il triche, le salaud, jettant la carte en l'air, repliant sa main vide, et sortant de nulle-part une nouvelle carte. Ou une ancienne, je sais plus trop. D'une chiquenaude la carte s'envole de sa main droite vers sa main gauche, ses doigts agiles la saisissent, puis la main gauche se ferme en poing en broyant la carte. Il lève un sourcil moqueur, étire encore son sourire, et claque des doigts de sa main droite : la carte est là, intacte, près de l'auriculaire droit. L'artiste rigole.

Et moi je souris. Inévitablement. Un sourire automatique, pas forcé, franc. Quel que soit mon état d'esprit. Et pourtant, quand je fais la gueule, il faut plus que de la bonne volonté pour me rendre la banane : il faut un miracle.

Un miracle, ou un peu de magie.


Sven Thomasson Vërgson
8ème jour de Février 2069

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06 février 2009

Romancier

En ce moment, j'ai l'impression d'être un personnage de roman. Du roman de ma vie. Du seul roman que j'ai la patience d'écrire, trois cent soixante cinq pages par an.

Nous sommes tous les romanciers de notre vie.

Il faut néanmoins avouer qu'en ce qui me concerne, même si j'essaie de m'en convaincre, je ne suis jamais certain que ce soit vraiment moi, l'auteur.



Sven Thomasson Vërgson
6ème jour de Février 2069 (et les suivants aussi)

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03 février 2009

Zombie rencontre fantôme

Fatigué.

Un peu comme si je marchais perpétuellement avec des chewing-gums sous les semelles, tu vois ce que je veux dire ? Ou que je marchais en continue dans de la poudreuse bien fraîche, sans raquette. Et en trainant les pieds.

C'est pas de la mauvaise volonté. Du moins je crois pas. J'irais même jusqu'à dire que je mets du coeur à l'ouvrage, que je fais des efforts, que je rechigne pas à la tache. Mais ça colle sous les pieds.

Pourtant, j'avance. Et quand je me retourne, je vois les traces de mes pas, et je mesure le chemin parcouru. Et c'est encourageant. Alors je grimace et mets un pied devant l'autre, en les regardant, mes pieds. Le menton rentré, le regard rivé à la chaussé, les pensées sur mon nombril. J'avance, et c'est tout juste si je lui rentre pas dedans. Elle sursaute. Moi non : je suis trop fatigué pour réagir si vite. Trois secondes pour sursauter, c'est pas un sursaut.

"Sven ?"

Trois secondes pour répondre, c'est pas une réponse.

Il lui a fallu deux ou trois tentatives pour obtenir de moi autre chose qu'un regard rêveur un peu halluciné. Le temps que je réalise que ce n'était ni un rêve, ni une hallucination.

On a échangé deux ou trois banalités, des phrases sans queue ni tête qu'on n'entend d'ordinaire que dans les mauvaises sitcoms, les rêves, ou les hallucinations. J'y repense souvent depuis. Sans trop savoir quoi en penser, d'ailleurs. En me contentant de ressentir, je crois.

Et en continuant de marcher et d'avancer, les poings au fond des poches et les yeux bas. Les pensées dans les yeux de Svetlana.


Sven Thomasson Vërgson
Troisième jour de Février 2069

Posté par STV_ à 18:07 - Idées noires - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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