05 octobre 2009
Ordinaire
Je me réveille à 7h14, soit une minute avant que mon téléphone portable n'entame sa mélodie du réveil. Je désactive ladite fonction "alarme" sans même écouter la première note, passe une main sur mon visage rapeux, et sors lentement de mon lit chauffé par mon corps. Corps qui frissone sous la température de la chambre : l'écart se compte en dizaine de degrés Celsius.
Me dirigeant vers le coin cuisine, j'ouvre le réfrigérateur, et bois directement à la bouteille une grande rasade d'eau pétillante. J'ai froid. Et puis je vais pisser un coup.
Direction la salle de bain : douche, brossage de dents, rasage de joues, déodorant. Jean, le premier tee-shirt qui vient, un bon gros pull, une paire de chaussettes épaisses.
Et puis c'est le retour à la cuisine, les yeux plus réveillés que la première fois, la bouche presque autant gênée par le goût de mon dentifrice que par mon haleine nocturne de tout à l'heure. Je mets la machine expresso en préchauffage, sors quelques biscuits du placard, puis prépare avec amour mon café du matin, le dégustant sans sucre mais avec déléctation.
Je laisse tout en plan, éteinds la machine expresso, et enfile mes grosses chaussures, mon gros blouson, mes gros gants, et met mon gros bonnet sur ma grosse tête. Sac sur l'épaule. Sortie dans le couloir, puis dans la galerie du district 7. Lumières des réverbères encore en mode nuit, embouteillage déjà conséquent. Le bruit c'est l'écho des moteurs tournant au ralenti, le mouvement ce sont les papillons de nuit. La température... ben c'est toujours la même, négative.
Mon trajet est identique à celui d'hier, mais le labyrinthe des galeries souterraines de la cité Azur le rend toujours différent, et toujours surréaliste. Un peu de brume dûe à la réaction thermique entre air glacé et conduites chauffées, la lumière augmentant progressivement vers le mode jour, les échos étranges résonnant dans ces tunnels sans fin, l'espace gigantesque - comme une poche d'air dans une épave coulant à pic - de la place Garibaldi et son dôme de nanoplexi.
Je bosse silencieusement pendant la mâtinée. Je suis efficace. J'avale un sandwich chaud peu après midi sur un coin de table. Je bosse en ronchonnant ensuite, moins efficace.
En cette fin d'après-midi, les conditions météo le permettent, alors je sors en surface afin de décrasser les muscles en marchant dans la neige - coup d'oeil de rappel au monde d'Avant, et aération des poumons avec de l'air non recyclé, sorte de lutte contre ma claustrophobie naissante.
Puis c'est le retour à l'appart. Un coup de fil d'Hurley. Un repas du soir devant la télé, internet sur le PC.
***
On m'a récemment fait la remarque que mes notes soulignaient régulièrement un changement dans mes habitudes, parlaient toujours d'un sujet en opposition avec mon ordinaire : c'est très vrai. Mais avoue que c'est pas plus mal : l'ordinaire c'est chiant.
Sven Thomasson Vërgson
5ème jour d'Octobre 2069
Commentaires
Ben l'ordinaire c'est mignon aussi...
(je dois dire que pour quelqu'un qui n'est pas français, c'est extraordinaire comment on peut trouver des places Garibaldi vraiment DE PARTOUT !)
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Chantal : (Ah, vous avez remarqué aussi ?)
T'as la grosse tête toi ? J'aurais pas cru.
Droit de réponse
Berthoise : je fais de l'aérophagie du cerveau.
J'adore quand on me conforte par un "C'est très vrai" ! :)
Pour le reste, je lis et j'ai froid ! Il ne fait pourtant déjà pas très chaud dans mes froides contrées du Nord, mais alors-là, c'est le bouquet ! Vous bossez dans les surgelés ou quoi ?
Pour y remédier, je propose un cocktail gagnant pas trop "ordinaire" : feu de bois, chocolat chaud et crémeux, brioche maison et cocooning. A dire vrai, je vous écris ma recette alors que je suis sagement installée à mon bureau derrière mon PC, mais bon...j'aurais au moins saisi l'occasion de bousculer mes laborieuses pensées !
P.S : si vous me dites, que c'est thé ou café et pas chocolat chaud....je réponds : no soucy. Mais avec la brioche, la combinaison gagnante c'est évidemment le chocolat chaud ! Si vous insistez en me rétorquant "J'aime pas la brioche, je préfère la tarte au citron !", je vous répondrai cette fois....comment dire : juste MERDE !!!! :))))
Droit de réponse
Flo : t'es marrante toi... un feu de bois... t'as une idée de combien ça coûte, le bois, en 2069 ? Tu crois quoi, que l'exploitation forestière est facile quand la glace recouvre les deux tiers de la planète, hum ?
Bon, allez, j'arrête de jouer le chieur : je t'accorde qu'avec le chocolat chaud ou le café, la brioche est cent fois meilleure que la tarte au citron.
Et le bois reconstitué, t'y as même pas pensé ???!!! C'est pourtant simple, écologique et très économique...OK, ça sent un peu le phoque, mais sur Télé-Shopping'69, ils disent que cela débouche mieux le nez que le Vicks. Je suis très étonnée que tu aies oublié cela ! Imposteur ???
Je retourne bosser, j'ai un feu de bois à financer !
Et c'est bien ça qui rend les autres moments si précieux...
Droit de réponse
Flo : tu sais, l'argument écologique, dans un monde refroidi par les bouleversements climatiques (alors qu'on a rabattu les oreilles de nos parents à coups de "réchauffement climatique"), hein...
Djino : touché. Histoire d'augmenter la saveur de mes notes extra-ordinaires, je vais me mettre à rédiger plus souvent des notes de merde.
:)
J'abandonne ! J'ai pas l'habitude, mais là j'abandonne...j'ai jamais été fan des frères Bougdanov et en plus j'ai déjà du mal avec le monde de 2009, alors 2069 c'est bien au delà de mes compétences...
Une dernière question néanmoins : c'est vraiment bien la tarte au citron congelée ???! Je croyais qu'en 2069, on passait son temps à sucer des glaçons :)
Droit de réponse
Florence : hé, plaisante pas, j'ai déjà mangé de la glace parfum "tarte au citron meringué" (véridique) et c'était très bon. Et puis, l'avantage du monde de glace par rapport au monde désertique, c'est que c'est toujours plus agréable de sucer des glaçons que de sucer des cailloux.
...
Les esprits chagrins ou déplacés souligneront qu'encore faut-il aimer sucer, mais je leur laisse ces plaisanteries de mauvais goût (c'est pas mon genre).
Ouuiiii, rédige des "notes de merde": tu vois un peu combien de commentaires ça t'ammène :) (aahhh les filles)
Sinon, dans le désert il y a des cactus plein de jus, au lieu de s'attaquer aux cailloux...
Droit de réponse
Chantal : j'ai déjà connu ça, comme de nombreux blogueurs sans doute : un nombre incroyable de commentaires sur une note de merde, et un compteur qui pointe à zéro sur des mots qui nous semblaient pourtant valoir le coup... c'est comme ça :)
(Cependant, puisque vous le dites, c'est peut-être - en effet - dû à mon lectorat très... féminin ;)
(Sucer des cactus...?!)
eehh, je dois dire que pour le jus de cactus, c'est Tesseire que je connais le mieux, j'ai jamais été dans le desert, le plus exotique que j'ai sucé c'était un noix de coco sur la plage de Copacabana... (quoi que..., mais je me tais, c'est pas ton genre !)
(...mais tu commences soudainement à me vouvoyer??)
Bah oui je suis une fille, et alors ???! Note de merde, peut-être. Commentaires finalement assez...intéressants !
La fille que je suis vous salue, j'ai un cake au cactus dans le four...
Droit de réponse
Chantal : ma langue a fourché sur le clavier.
Florence : ma prochaine note ne sera pas mieux, du coup (je vais même essayer de faire pire).
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