21 novembre 2009
Patate, patate toi-même
La patate est un aliment fantastique.
Il est possible de la faire cuire longuement dans une eau bouillonante, avec quelques épices et une gousse d'aïl, de l'écraser ensuite amoureusement en y ajoutant un jaune d'oeuf. Un peu de sel et de poivre, et tu as une purée, simple et délicieuse.
Il est possible de la couper en dès et de la faire revenir à la poêle, avec de l'aïl et du persil. Quand les cubes seront bien cuits, bien dorés, croustillants dehors et moelleux dedans, tu auras des pommes de terre sautées à tomber à la renverse.
Il est possible d'en faire de petits bâtonnets à frire dans l'huile bouillante. Quelle génération n'a pas craquer à croquer de bonnes frites maison ?
Il est possible de les faire cuire à la vapeur, tout simplement, pour ensuite faire couler dessus un quelconque fromage fondu.
Il est possible de les faire cuire dans ton four avec ta volaille, de les faire cuire dans ta cocotte avec ton ragoût, d'en faire une salade... merde quoi ! Il y a cent cinquante millions de façon de déguster la patate !
* Crock *
"Ouais, ben moi je la mange crue, comme ça" m'a-t-elle dit en regardant les traces de dents dans le légume qu'elle tenait entre le pouce et l'index.
"Hérétique" ai-je répondu, me renfrognant dans un mutisme digne, ne pouvant m'empêcher de lorgner vers la cuisine en imaginant tout ce que je pourrais faire de délicieux avec cette somptueuse matière première.
* Crock *
J'abandonne.
Sven Thomasson Vërgson
21ème jour de Novembre 2069
15 novembre 2009
Quantique
"Onde ou particule ?"
Ouais. C'est Hurley. Si tu n'es pas d'humeur scientifique, reviens plus tard.
"Allez Sven, onde ou particule ?"
Tu sais à quel point il est chiant dans ces moments-là ? Ouais, ben si toi tu le sais, imagine alors à quel point je le sais moi-même. J'ai soupiré et lui ai lancé un regard que j'espérais empli de chatons.
"La physique quantique, Sven, c'est absolument génial.
- Grrr..."
Perdu : au lieu de mignons chatons dans les yeux, j'avais un chat de Schrödinger dans la gorge.
"N'as-tu jamais l'impression, Sven, que tout tourne autour de toi, que seules tes perceptions rendent ce monde réel ? La lune existe-t-elle quand je ne la regarde pas ?"
En fait... si, ça m'arrive de penser comme cela. Et pas que quand j'ai bu. C'est assez fascinant de penser que nous ne comprenons pas grand chose au monde, à sa construction, à son fonctionnement. Que demain une découverte majeure peut bouleverser nos vies. Tel le fameux chat cité plus haut, je m'amuse à penser que, enfermé dans ma chambre, je suis hors du temps et hors du monde. Personne ne sait que je suis là, personne ne sait si je suis endormi, si je bouquine, si j'écoute de la musique. Je n'existe plus.
Mais en règle générale, penser que les choses peuvent avoir deux statuts en même temps, ça me donne vite le tournis. Je deviens à la fois mélancolique et étrangement serein. Inquiet et rassuré à la fois. Et j'ai au final la sensation d'être lucide à l'extrême et complètement désorienté. Bref, je te le dis : ça me fait mal à la tête. Deux choses à la fois, c'est trop pour mon cerveau de mec.
"C'est ça le secret, Sven !
- Hum ?
- Les femmes ont un cerveau quantique : c'est pour ça qu'elles peuvent aisément faire deux choses en même temps."
Et surement pour ça qu'elles ne peuvent pas répondre clairement à une question simple, et provoquent chez moi migraine et tournis.
Sven Thomasson Vërgson
15ème jour de Novembre 2069
12 novembre 2009
Blanche comme neige
J'ai failli t'écrire une note sur l'état des Etats de notre Europe enneigée. Ou l'espéranto.
C'est dire à quel point j'ai rien à raconter : j'use ma Muse jusqu'à la corde.
Et du coup je me retrouve dans ce complexe complexe du blogueur en manque d'inspiration : dois-je laisser mes lecteurs face à une page blanche (comme neige), ou dois-je écrire n'importe quoi au risque - fort élevé - de rédiger des trucs pourris ? Un peu comme la note que tu es présentement en train de lire ?
L'inspiration est un drôle de truc, tu sais. Parfois je me dis juste que "je n'ai rien à raconter"... mais, ma foi, je ne suis pas sûr que ce soit seulement ça. Parfois, les mots se bousculent et se mettent à la file dans ma tête d'une façon naturelle. Et alors, c'est très difficile de penser à autre chose : quoi que je fasse, il faut que je m'arrête pour prendre un stylo ou un clavier. Souvent, cela m'arrive quand je n'en ai pas le temps.
Et puis, quand j'ai tout mon temps et plusieurs jours de retard, quand j'ai un ordinateur et un clavier... eh bien, rien. Alors que faire ? Forcer mon talent (c'est une tournure de phrase, je ne prétends pas avoir du talent) ? Ou patienter ? Qui d'autre que mes meilleurs potes pour me donner un avis ?
"A ta place Sven je ne me forcerais pas. Je préfère les gens qui réfléchissent avant de parler", m'a dit HD.
"Chacun son truc, moi, je préfère les femmes..." a répondu Hurley.
C'est te dire si mes amis me sont utiles dans ces circonstances.
Sven Thomasson Vërgson
12ème jour de Novembre 2069
08 novembre 2009
Mauvais souvenir
Linette est une chic fille.
C'est une adolescente un peu paumée, qui parle peu, qui n'est pas très adroite, voire plutôt gauche... et carrément lente. Lewis a accepté de la prendre en stage au Jazz Cat, sans qu'il n'ait pu me donner une seule bonne raison à cela. Sans doute un service qu'il rend aux parents, parce que très franchement, elle n'est pas douée. Hier soir, la voir porter un plateau empli de verres m'a mis les nerfs en pelotte pour toute la soirée.
Ses pieds traînent sur le sol et j'ai la fâcheuse habitude de scruter ses chaussures à la recherche de bave d'escargot. Les fans de poésies de l'Avant diraient que rien ne sert de courir, qu'il faut partir à point. Dans le cas de Linette, elle ferait mieux de partir bien avant le point. Il est même fort probable - suggérait Hurley hier - que c'est en l'observant qu'on a inventé le pas de danse nommé 'moon walk', tant on a l'impression qu'elle recule quand elle avance. Personnellement, j'espère juste qu'elle pense à la vitesse à laquelle elle marche, parce que sinon elle doit sacrément se faire chier...
Mais bon, c'est une chic fille.
Je suppose que c'est à cela que je suis sensé comprendre que je suis devenu un vieux con : des jeunes moins lestes que la grand-mère d'HD, ça m'énerve (et la grand-mère d'HD, je t'en ai jamais parlé encore, mais elle est fripée comme un ravioli chinois et elle a les bras et les jambes comme les baguettes qui servent à les manger).
Quoi, merde : quand on est jeune, on devrait être plein de vie. Linette, elle est pleine de vide. Elle a 15 ans mais semble blasée de l'existence. Elle n'aime rien, ne fait rien en dehors de son 'travail', n'a pas plus d'amis que de passions. Et dans quelques années, elle va soudain prendre conscience que la vie c'est pas ça, elle va réagir (surement). Mais alors elle regrettera toutes ces années de molesse, durant lesquelles elle a vécu la vie à la vitesse d'une tortue paraplégique.
C'est sûr.
Je suis bien placé pour le savoir.
Sven Thomasson Vërgson
8ème jour de Novembre 2069
04 novembre 2009
Sens de mots
Les mots ont un sens, un endroit et un envers, qu'on ne peut pas faire tourner comme un rotor.
Bon, sauf les palindromes, d'accord.
Les mots sont un outil plus complexe à manier qu'un couteau suisse à mille lames. Mais tu ne peux pas éternellement batailler avec le décapsuleur pour faire tourner une vis cruciforme.
Du moins c'est ce que j'ai toujours pensé, alors puisque la vie - si variée - me confronte à des situations plus improbables chaque jour, depuis tout jeune, je lis. J'apprends, et alimente ma boîte à outils verbeux. C'est pas un couteau suisse que je me trimballe, c'est une véritable panoplie de Mr Bricolage.
Des mots j'en connais plein, et des phrases j'en ai fabriqué des milliards. Mais malgré tout, encore aujourd'hui, certaines sont bancales ou restent inachevées en manque d'un clou ou de ce putain d'écrou B4 que je n'ai jamais trouvé dans la boîte. Je suis sûr qu'il existe, pourtant.
Non seulement il faut avoir les bons outils, non seulement il faut être capable de choisir le bon pour la situation adéquate, mais encore faut-il savoir l'utiliser de la bonne façon. Dans le bon sens.
"Bien assez" n'est pas la même chose "qu'assez bien".
Et contrairement à ce que pourrait laisser supposer le sens premier des mots, "tu ne ressembles à rien" n'est pas pareil que "tu es unique".
Je continue de lire pour acquérir de nouveaux outils. Je continue d'écrire et de parler, pour apprendre à m'en servir. Pour apprendre à construire.
Mais quand je passe devant une cathédrale, mon vaisseau en légo me semble bien dérisoire. Et quand je suis face à certains silences, mes mots sont des traits au feutre qui bariolent la page blanche d'un cahier de coloriage.
Sven Thomasson Vërgson
4ème jour de Novembre 2069
01 novembre 2009
I, robot
Je me suis réveillé ce matin les muscles noués, les yeux au plafond et la nuque raide comme si on m'avait vissé une cheville de 12 au niveau de l'occiput. J'avais les membres en bois, les tendons en acier, et l'hémoglobine huileuse. Je me suis senti artificiel : pas une créature vivante de chair et de sang, mais un robot en low battery ou un pantin wireless.
Mon esprit lui-même avait du mal à booter, réagissant comme une mécanique de basse qualité ou un peu rouillée. Ou touchée par un virus, peut-être, de ceux qui bloquent toute analyse ou le branchement de tout périphérique. C'est déstabilisant de se sentir si peu humain, confronté aux problèmes de pièces d'usure ou aux limites d'un espace mémoire limité. De devoir terminer une application, de gré ou de force, pour être capable d'en démarrer une autre. De contempler son propre bouton 'power' enclenché en position 'off', l'index bien incapable de bouger pour remédier à la situation.
Et c'est là que je me rappelle qu'une machine ne sert à rien sans utilisateur, qu'une voiture n'avance pas sans que quelqu'un n'ai tourné la clef, qu'une marionnette ne devient pas un vrai petit garçon sans une jolie fée.
Je ne suis qu'un trucage humain et je me dandine sur la scène encadrée de velours rouge, le petit théâtre de ma vie. Un grand guignol avec une gueule de bois.
Sven Thomasson Vërgson
Premier jour de Novembre 2069