08 novembre 2009
Mauvais souvenir
Linette est une chic fille.
C'est une adolescente un peu paumée, qui parle peu, qui n'est pas très adroite, voire plutôt gauche... et carrément lente. Lewis a accepté de la prendre en stage au Jazz Cat, sans qu'il n'ait pu me donner une seule bonne raison à cela. Sans doute un service qu'il rend aux parents, parce que très franchement, elle n'est pas douée. Hier soir, la voir porter un plateau empli de verres m'a mis les nerfs en pelotte pour toute la soirée.
Ses pieds traînent sur le sol et j'ai la fâcheuse habitude de scruter ses chaussures à la recherche de bave d'escargot. Les fans de poésies de l'Avant diraient que rien ne sert de courir, qu'il faut partir à point. Dans le cas de Linette, elle ferait mieux de partir bien avant le point. Il est même fort probable - suggérait Hurley hier - que c'est en l'observant qu'on a inventé le pas de danse nommé 'moon walk', tant on a l'impression qu'elle recule quand elle avance. Personnellement, j'espère juste qu'elle pense à la vitesse à laquelle elle marche, parce que sinon elle doit sacrément se faire chier...
Mais bon, c'est une chic fille.
Je suppose que c'est à cela que je suis sensé comprendre que je suis devenu un vieux con : des jeunes moins lestes que la grand-mère d'HD, ça m'énerve (et la grand-mère d'HD, je t'en ai jamais parlé encore, mais elle est fripée comme un ravioli chinois et elle a les bras et les jambes comme les baguettes qui servent à les manger).
Quoi, merde : quand on est jeune, on devrait être plein de vie. Linette, elle est pleine de vide. Elle a 15 ans mais semble blasée de l'existence. Elle n'aime rien, ne fait rien en dehors de son 'travail', n'a pas plus d'amis que de passions. Et dans quelques années, elle va soudain prendre conscience que la vie c'est pas ça, elle va réagir (surement). Mais alors elle regrettera toutes ces années de molesse, durant lesquelles elle a vécu la vie à la vitesse d'une tortue paraplégique.
C'est sûr.
Je suis bien placé pour le savoir.
Sven Thomasson Vërgson
8ème jour de Novembre 2069
29 octobre 2009
Influences cinématographiques
L'autre fois, en sortant dans la galerie plongée dans la pénombre nocturne, je me souviens très bien avoir sursauté à l'écho d'une bataille de chats. Je me souviens avoir marché les poings crispés au fond de mes larges poches, prêts à en découdre avec le premier mort-vivant venu. Je me souviens avoir scruté les ténèbres à l'affût du danger, avoir senti et ressenti le sang battant dans mes tempes, et avoir éprouvé la chaleur de la tension nerveuse alors même que la température de la galerie ne devait pas dépasser les cinq degrés celsius. C'est quand même dingue à quel point tout notre être - corps comme esprit - peut être influencé un temps par une ambiance aussi fictive qu'un film vu au cinéma. Il aura suffit d'un long-métrage de série Z bourré d'hémoglobine comme ce "Glace de sang" pour me rendre nerveux, inquiet et apeuré pour toute une soirée.
Un autre souvenir me revient : un vigile de fast-food nous demandant poliment de vider les lieux, Hurley HD et moi, parce qu'on se marrait tellement que les autres clients nous prenaient pour des poivrots ou des drogués. Alors qu'en fait l'excellente comédie que nous venions de visionner nous avait tant plue que nous rejouions encore et encore les scènes, échangions les dialogues, et rigolions comme des baleines à bosses, pliés en deux et les larmes aux yeux, hystériques et emportés par une vague de bonne humeur qui n'avait désormais plus rien de rationnelle. Au point où nous en étions, ce n'étaient même plus les gags du film qui nous faisaient rire.
C'est la raison pour laquelle je ne vais jamais (jamais, jamais, jamais - jamais) voir un film sentimental et romantique au cinéma lorsque je suis seul. Jamais. Parce que si je le faisais, je serais sans doute capable de me serrer moi-même dans mes bras, et que je pourrais me ruiner - parce que de nos jours ça vaut une véritable fortune - chez le fleuriste qui se fait des couilles en or au coin de la rue du cinéma. Pour ne donner le bouquet à personne, en plus. Lorsque la lumière se rallumerait pendant le générique de fin, je chercherais la demoiselle la plus proche pour l'embrasser tendrement du bout des lèvres, en enroulant une mèche de ses cheveux sur mon index si grossier et malhabile.
En plus, cette jolie petite blonde a un physique de jeune première et un regard candide, alors que les noms des acteurs défilent encore à l'écran, flous et dissipés dans la lumière blafarde qui ranime les spectateurs. Je la regarde, elle me regarde, je cligne des yeux, et son mec pose sa main sur sa cuisse en lui demandant si elle a aimé le film.
C'est alors que je me félicite d'avoir choisi ce bon gros film d'action, empli de fusillades, de bastons et de cascades à effets spéciaux.
Sven Thomasson Vërgson
29ème jour d'Octobre 2069
24 octobre 2009
Kigo
"Des mètres de neige
Comme un grand épais linceul
Hiver sur le monde."
Quand HD parle poésie - avec moi ça n'arrive pas souvent, je ne suis pas un poète, et j'ai même une sorte d'allergie qui fait que j'ai rapidement tendance à devenir grossier dès que j'entends des rimes - quand HD parle poésie, disais-je, ça laisse toujours comme un blanc. Même si comme moi tu n'aimes pas la poésie, tu n'en ressors qu'avec l'envie de répondre "c'est magnifique, ô grand maître". Et tu t'éloigne en claudiquant, le dos voûté, en te flagellant le dos à l'aide d'un bouquet d'orties fraîches, en te grattant furieusement la balafre qui te barre le visage et qui te rendait si laid que tes camarades te jettaient des pierres à l'école.
Bref : il est bon, ce con.
Il est bon, et il n'est pas hautain, rabaissant dès qu'il le peut son art au niveau du quidam moyen (je ne suis pas le quidam moyen, niveau poésie : moi, je suis "moyen moins"). Et HD étant très fier de son origine nipponne (je ne sais pas ce que j'ai avec les parenthèses et les blagues pourries, aujourd'hui, mais je vais réfréner celle-ci), j'ai fini par apprendre pas mal de choses au sujet de la poésie japonaise, depuis l'époque médiévale en passant par l'Avant pour en arriver à notre très chère période glacière.
Au final, l'expérience m'a montré que beaucoup de choses nous font peur de par leur nom ou leur aspect, sans pour autant que ce soit si compliqué au final. Je ne suis pas un samouraï des mots, et je ne me serais sans doute pas bien intégré à l'ère Meiji, mais je me targue désormais d'être un peu moins effrayé à l'idée de découvrir de nouvelles choses.
"Alors Sven, tu as du mal avec les haïkus ?
- Ben... le terme me faisait un poil peur, comme souvent dès qu'on parle de poésie.
- Mais c'est bon maintenant ?
- Oui, c'est bon HD, tu peux éteindre la lumière..."
Sven Thomasson Vërgson
24ème jour d'Octobre 2069
20 octobre 2009
Bien rangé
J'ai buté dedans comme on tape du pied dans un trousseau de clefs oublié. Je l'ai reconnue en souriant, comme on reconnaît un truc adoré qu'on croyait avoir perdu, et qu'on retrouve par hasard sans vraiment l'avoir cherché.
En général, ça arrive alors que tu cherches autre chose : tu retournes ton appart, tu vides tes tiroirs, époussète tes étagères, et tu tombes alors sur ce truc que tu ne te rappelais même pas posséder... alors que tout ce temps, il ne t'a jamais quitté. Et là, tu oublies tout le reste : ce que tu cherchais, le bordel que tu as foutu, ton rendez-vous chez le coiffeur pour ta permanente (j'ai choisi une image qui parle à mes lectrices : je ne vais jamais chez le coiffeur). Tu oublies tout, te dis-je, et tu souris en te rappelant à quel point tu l'aimes, ce truc.
Et mon truc à moi, ce sont les yeux bleus.
"Oups, pardon, je... hé ? Svetlana ?"
Elle a sourit, j'ai cligné des yeux sous l'éblouissement, et elle m'a fait la bise.
Et tu perds alors toute rationnalité : cela fait des semaines, des mois, voire des années que tu avais perdu ce truc de vue. Il est donc absolument prouvé que tu peux vivre sans. Le problème, c'est qu'à cet instant précis, tu es dans l'incapacité complète de te rappeler comment.
Sven Thomasson Vërgson
20ème jour d'Octobre 2069
05 octobre 2009
Ordinaire
Je me réveille à 7h14, soit une minute avant que mon téléphone portable n'entame sa mélodie du réveil. Je désactive ladite fonction "alarme" sans même écouter la première note, passe une main sur mon visage rapeux, et sors lentement de mon lit chauffé par mon corps. Corps qui frissone sous la température de la chambre : l'écart se compte en dizaine de degrés Celsius.
Me dirigeant vers le coin cuisine, j'ouvre le réfrigérateur, et bois directement à la bouteille une grande rasade d'eau pétillante. J'ai froid. Et puis je vais pisser un coup.
Direction la salle de bain : douche, brossage de dents, rasage de joues, déodorant. Jean, le premier tee-shirt qui vient, un bon gros pull, une paire de chaussettes épaisses.
Et puis c'est le retour à la cuisine, les yeux plus réveillés que la première fois, la bouche presque autant gênée par le goût de mon dentifrice que par mon haleine nocturne de tout à l'heure. Je mets la machine expresso en préchauffage, sors quelques biscuits du placard, puis prépare avec amour mon café du matin, le dégustant sans sucre mais avec déléctation.
Je laisse tout en plan, éteinds la machine expresso, et enfile mes grosses chaussures, mon gros blouson, mes gros gants, et met mon gros bonnet sur ma grosse tête. Sac sur l'épaule. Sortie dans le couloir, puis dans la galerie du district 7. Lumières des réverbères encore en mode nuit, embouteillage déjà conséquent. Le bruit c'est l'écho des moteurs tournant au ralenti, le mouvement ce sont les papillons de nuit. La température... ben c'est toujours la même, négative.
Mon trajet est identique à celui d'hier, mais le labyrinthe des galeries souterraines de la cité Azur le rend toujours différent, et toujours surréaliste. Un peu de brume dûe à la réaction thermique entre air glacé et conduites chauffées, la lumière augmentant progressivement vers le mode jour, les échos étranges résonnant dans ces tunnels sans fin, l'espace gigantesque - comme une poche d'air dans une épave coulant à pic - de la place Garibaldi et son dôme de nanoplexi.
Je bosse silencieusement pendant la mâtinée. Je suis efficace. J'avale un sandwich chaud peu après midi sur un coin de table. Je bosse en ronchonnant ensuite, moins efficace.
En cette fin d'après-midi, les conditions météo le permettent, alors je sors en surface afin de décrasser les muscles en marchant dans la neige - coup d'oeil de rappel au monde d'Avant, et aération des poumons avec de l'air non recyclé, sorte de lutte contre ma claustrophobie naissante.
Puis c'est le retour à l'appart. Un coup de fil d'Hurley. Un repas du soir devant la télé, internet sur le PC.
***
On m'a récemment fait la remarque que mes notes soulignaient régulièrement un changement dans mes habitudes, parlaient toujours d'un sujet en opposition avec mon ordinaire : c'est très vrai. Mais avoue que c'est pas plus mal : l'ordinaire c'est chiant.
Sven Thomasson Vërgson
5ème jour d'Octobre 2069
02 octobre 2009
Envie
Comment t'expliquer ? Imagine : je suis au resto, arrive le moment du dessert, et j'ai envie d'une tarte au citron. C'est ça que je veux, mais pas de chance, il n'y en a plus. Et bien mon problème, c'est que je suis de ces gens qui préfèrent ne pas prendre de dessert du tout, plutôt que de choisir autre chose.
Et c'est pareil pour tout le reste.
Objectivement, c'est ridicule : mieux vaut se faire un petit plaisir avec une mousse au choclolat, même si elle ne vaudra jamais une tarte au citron, plutôt que de ne pas prendre de dessert. Eh bien, j'ai beaucoup de mal. Comme si chaque bouchée de la mousse au chocolat allait me rappeler à quel point la tarte au citron me manque. C'est une situation psychologiquement difficile, pas rationnelle pour un sou, mais voilà : je suis buté.
"Et celle-ci ? Elle est bien aussi en couleur bordeau ?
- C'est la bleu-gris que je voulais.
- Putain, Sven, tu vas pas nous casser les couilles trois heures pour une chemise non ? Ils n'ont plus ta taille, ils n'ont plus ta taille, point !
- Allez vous faire foutre, je mettrai un tee-shirt."
C'est socialement pas facile à vivre : je passe pour un extrêmiste recherchant toujours le "truc parfait".
"Votre CV est intéressant, monsieur Vërgson. Voudriez-vous donc rejoindre notre équipe ?
- On est d'accord pour le salaire dont nous avons parlé ?
- Oui.
- On est d'accord pour les tickets repas ?
- Oui.
- Pour les horaires ?
- Eh bien, pour le vendredi, il faudrait peut-être envisager d'être plus souple au sujet de... hé ! Mais où allez-vous ? Monsieur Vërgson...? Hé !"
Où est le mal à savoir ce que l'on veut et ce que l'on ne veut pas ? Où est le mal à savoir ce que l'on aime, et à ne pas se contenter d'une satisfaction au rabais ?
"Hé hé mon Sven, alors, il paraît que t'as un ticket avec Kattie ? Veinard va.
- Nan."
Où est le mal ? Oh, nulle part : j'assume et ne regrette jamais.
...
Mais il m'arrive quand même souvent de passer pour un gros con.
Sven Thomasson Vërgson
Second jour d'Octobre 2069
29 septembre 2009
Faux amis
"T'écoute quoi, Sven ?"
Mes doigts tambourinaient en rythme sur la table. Je crois que ma tête se balançait légèrement d'avant en arrière. Peut-être même que je fredonnais.
"J'écoute du scat."
Il fronça les sourcils.
"C'est quoi, de la musique de merde ?"
Je ricanais.
"C'est de l'improvisation jazz, ça date de l'Avant. J'ai retrouvé ça dans les vieux fichiers de l'oncle Stan. Pour les lire j'ai dû retrouver mes antiques freeware de lecture mp3.
- mp3 ? Punaise, c'est pas vieux, c'est préhistorique !"
Il se pencha vers moi, retira l'écouteur de mon oreille droite, et se le cala dans l'oreille gauche.
"Hé ! C'est pas mal. Pas mal du tout, ça mérite pas son nom finalement.
- C'est ce qu'on appelle un 'faux ami', mon bon Hurley.
- Comme toi quand tu casses HD avec tes vannes bien pourries ?
- Nan. Comme 'spermophile'"
Il s'esclaffa. Ses doigts tapotaient sur sa cuisse au son d'un saxo vieux de plus de soixante dix ans.
"Et c'est quoi, un spermophile ?
- A ton avis ?"
Je montrais les dents dans un sourire faussement méchant.
"Je suppose que ça n'a rien à voir avec ce que je pense ?
- Si tu penses à un rongeur de la famille des écureuils, si."
Il retira l'écouteur pour me le rendre et secoua la tête.
"Faut vraiment que tu te trouves un autre boulot, Sven.
- J'ai trouvé : je me lance dans la cuniculture."
Il recula vers la porte, hilare.
"Tu as déjà des clientes ?
- Je parle d'élevage de lapins, Hurley."
Il se marra derechef et sortit en me faisant un petit salut de l'index.
Franchement, la langue française est vraiment merveilleuse.
Sven Thomasson Vërgson
29ème jour de Septembre 2069
18 septembre 2009
Drôle d'intuition...
Je marche, seul et à une heure tardive, dans une galerie sombre et glacée du district 6. Jusque là, tu ne te sens pas dépaysé, c'est assez classique. Prenant un raccourcis, je m'engouffre dans une traverse étroite exclusivement piétonne. Mais après seulement quelques pas, un strident rugissement de scooter m'apprend qu'un conducteur de deux roues pas très respectueux du code de la route s'est glissé dans la traverse à ma suite. Je ne me retourne pas, et je n'accélère pas ma marche.
Le type m'éclaire de son phare et fait vrombir son engin comme s'il voulait m'écraser. Il n'y a pas la place pour qu'il me double tranquillement. Je ne bronche pas et continue de marcher, à mon rythme. Il freine. Klaxonne. M'insulte. Me provoque. Je soupire, fais un pas de côté, et lui laisse la traverse. Il lève son majeur à mon intention et fait pleurer le moteur de son scooter, filant dans la traverse.
Je reprends ma marche.
La lumière rouge de son feu arrière s'éloigne, puis s'arrête, au bout de la traverse, face à la boutique de mon arabe du coin. Je m'approche, mais stoppe dans l'ombre d'une passerelle : l'attitude précédente du type, l'épicerie arabe, le look "survêt et casquette"... bref, ça sent pas bon. Le gars au scooter relève la visière de son casque, échange deux mots avec un type sortant d'un pas langoureux de l'épicerie.
Et je me dis : "keep cool Sven, juste deux potes qui discutent, tu risques rien..."
Et le gars de l'épicerie sort un flingue, le braque sur mon ami en deux roues, lui crie un truc. Le moteur hurle, et en trois secondes la lumière arrière de la bécane disparaît dans une traverse perpendiculaire. Je ne bouge toujours pas. Je ne respire pas, d'ailleurs, tiens. L'homme armé se tourne d'un côté, de l'autre. Scrute la traverse. Je ferme les yeux, espérant que l'obscurité me cache. Je rouvre les yeux : il a rangé son arme, et s'en va tranquillement dans une direction que je m'empresse de mémoriser, histoire d'emprunter une direction opposée.
...
Le lendemain, Hurley félicite mon sixième sens, et loue ce pressentiment salvateur. "Sauvé par ton intuition !" sont ses mots exacts. "Sauvé par mes préjugés" serait néanmoins plus juste.
Et du coup, j'ai du mal à applaudir.
Sven Thomasson Vërgson
18ème jour de Septembre 2069
14 septembre 2009
Débardeur
"R'garde mec : t'en achète deux et j't'en file trois, regarde comment ça fait sur moi !"
Le marché était installé dans une traverse couverte, son stand collé à un gros générateur qui rendait l'atmosphère sacrément supportable. Si supportable que le type était en débardeur, un simple débardeur bien coupé qui soulignait parfaitement ses trapèzes, ses pectoraux, et laissait apparaître ses biceps tatoués. Les fines arabesques qui dansaient sur le 100% coton étaient visiblement tracées de sorte à accentuer le dessin des muscles masculins. Ptain, ça rendait bien. Si bien que ce camelot qui vendait essentiellement des fringues de mecs attirait surtout les regards féminins.
"Et j'fais pas de muscu mec, je suis pas si musclé que ça, c'est les lignes qui donnent l'impression."
Ben quoi ? J'avais envie d'y croire, tu peux comprendre non ?
Il faut savoir que je suis un hésitateur né. Si j'ai besoin de fringues, je sais ce que je veux, et je passe peu de temps dans les boutiques. Mais j'ai une sorte de phobie à l'encontre des achats impulsifs : j'ai toujours peur de me faire avoir. J'hésite souvent longtemps, sans doute pour que l'achat impulsif ne puisse plus mériter ce qualificatif. J'hésite longtemps, et j'hésite même si longtemps avant de céder à des envies soudaines (si tant est que je cède) que c'en est épuisant. Et pas que pour le vendeur.
Ce petit interlude pour bien te faire comprendre qu'une heure et demi plus tard, devant le grand miroir de ma chambre, à contempler le ridicule de ma tenue, la bouffée de chaleur qui m'envahit ne fit qu'accentuer cette haine viscérale envers mes envies impulsives d'achats.
...
La réalité est un poids-lourd qui roule trop vite, nos illusions un petit garçon qui traverse au passage clouté.
Et la réalité ne s'arrête jamais au feu rouge.
Sven Thomasson Vërgson
14ème jour de Septembre 2069
07 septembre 2009
Spider-Sven
"Hé, Sven, fais gaffe, tu as une arraignée sur le bras..."
Je tourne la tête nonchalemment, observant l'insecte posé au niveau de mon coude. Je n'ai pas la phobie des araignées, pas plus que je ne les aime. Je suis calme et détendu, on déjeune tranquillement, la vue de l'intruse ne me stresse pas plus que ça... mais va savoir pourquoi, ça tourne mal. Je secoue le bras connement, souhaitant déloger la bête sans la blesser. Dans la seconde, l'araignée disparait de mon bras et apparaît sur ma main. Le temps que mes yeux la localisent, mon système nerveux me transmet la sensation de morsure. Je secoue instinctivement la main. Elle disparait mystérieusement, tel un ninja.
"Merde-euh"
Ouais, je suis super original dans ces moments-là.
J'approche la main de mes yeux inquiets : entre mon majeur et mon index, un petit point de sang m'indique où a eu lieu l'attaque du monstre. J'ai beau de pas regarder de films d'horreur, je n'ai aucun mal à imaginer de minuscules oeufs s'implanter dans mon organisme, la plaie s'infecter et puruler, des formes étranges se mouvoir visiblement sous l'épiderme, voire une tarentule géante déchirer mon torax pour s'extirper de cette couveuse improvisée (quoi, si tu m'aimes, c'est pour mon imagination, non ?).
"Il me reste un glaçon au fond de mon verre, tu devrais le mettre dessus"
Je fais 'non' de la tête, une moue dédaigneuse aux lèvres. La serveuse a l'air d'accord avec moi.
"Vous vous êtes fait piquer par un insecte ? C'est de l'eau bouillante qu'il faut mettre dessus. Je vous apporte ça tout de suite."
Ben tiens. A ton avis, qu'est-ce qui fait le plus mal : se faire piquer par une araignée, ou se faire ébouillanter la main ? Personnellement, j'avais un peu de mal à faire mon choix.
"Tu l'as bien vu ? Elle était de quelle couleur ? Si elle était bleue et rouge, c'est peut-être bon signe ?"
J'ai montré les dents : j'ai déjà expliqué que moi, les supers-pouvoirs...
"Par contre faudra perdre un peu de bide, Sven : tu peux plus te permettre le moindre écart à partir du moment où tu portes des costumes moulants"
Ma main a jailli à la vitesse de l'éclair, et je lui ai filé une méchante taloche derrière la tête. Il l'a pas vu venir. Et c'est pas nouveau : j'ai pas besoin de savoir grimper aux murs pour me faire respecter.
"Spider-Sven, Spider-Sven, la lala lala lalaa..." a-t-il chantonné.
Pour me faire respecter. Ou pas.
Sven Thomasson Vërgson
7ème jour de Septembre 2069