Blanc comme neige...

Le blog d'un terrien dans les années 2060, rédigé depuis une cité enterrée sous la glace et la neige, à une époque bouleversée par les changements climatiques.

21 décembre 2009

Les masques

Je l'ai abordé avec mon masque de beau gosse : souriant, charmeur et beau parleur, les joues mal rasées mais les fringues bien choisies. Elle, elle me répondit d'emblée en s'esclaffant, claire et franche comme un torrent de montagne. Claire, franche, et sincère. Très vite elle me remit gentiment à ma place en me murmurant à l'oreille qu'elle était flattée de mon attention mais qu'elle n'était pas libre. J'ai souri et échangé mon masque de dragueur pour celui de bon perdant : attentionné et gentil, mais moins lourdeau, quand même. Et elle est restée à discuter avec moi, à plaisanter, à me raconter sa vie en écoutant la mienne. Et elle ne s'offusquait pas de ma main dans son dos lorsque nous migrions vers le buffet histoire d'éponger nos verres de punch. Et elle n'hésitait pas à poser la sienne sur mon genoux pour attirer mon attention lorsque la musique se faisait trop forte, ou sur mon bras pour rigoler à ma plaisanterie et me dire d'arrêter et que j'étais trop con. Une femme sincère et sans trucage.

Et puis le buffet a fini par se vider, la musique par s'arrêter. Sur mon visage triste j'ai placé un masque de personne enjouée d'avoir passé une aussi bonne soirée. Son visage reflétait la même chose, et sur elle ça faisait vrai. Et puis on s'est dit au revoir dans le vestibule, moi resserant mon écharpe autours de mon cou comme si j'avais peur que mon masque ne tombe, elle vérifiant les messages de son téléphone portable. Et puis on est sorti, elle grimpant à la place du passager d'une berline noire dont elle embrassa le conducteur à pleine bouche, moi enfonçant les poings dans mes poches à y faire des trous.

J'ai marché le front bas, comme si je voulais défoncer les murs de béton à coup de boule. J'ai marché le front bas, comme pour faire tomber ce masque de marbre, sérieux comme un cancer, qui collait à la peau de mes paupières. J'ai marché le front bas, comme un con, mon imagination s'accrochant à une idylle aussi douce et improbable qu'une plume de mouton. Les larmes me sont montées aux yeux, mais je les ai refoulé : il faisait si froid dans mon coeur comme au dehors qu'elles auraient gelé en un masque de glace dont je n'avais nul besoin.

Je crois bien que j'en avais marre des masques, à ce moment-là.

Sven Thomasson Vërgson
21ème jour de Décembre 2069

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12 novembre 2009

Blanche comme neige

J'ai failli t'écrire une note sur l'état des Etats de notre Europe enneigée. Ou l'espéranto.

C'est dire à quel point j'ai rien à raconter : j'use ma Muse jusqu'à la corde.

Et du coup je me retrouve dans ce complexe complexe du blogueur en manque d'inspiration : dois-je laisser mes lecteurs face à une page blanche (comme neige), ou dois-je écrire n'importe quoi au risque - fort élevé - de rédiger des trucs pourris ? Un peu comme la note que tu es présentement en train de lire ?

L'inspiration est un drôle de truc, tu sais. Parfois je me dis juste que "je n'ai rien à raconter"... mais, ma foi, je ne suis pas sûr que ce soit seulement ça. Parfois, les mots se bousculent et se mettent à la file dans ma tête d'une façon naturelle. Et alors, c'est très difficile de penser à autre chose : quoi que je fasse, il faut que je m'arrête pour prendre un stylo ou un clavier. Souvent, cela m'arrive quand je n'en ai pas le temps.

Et puis, quand j'ai tout mon temps et plusieurs jours de retard, quand j'ai un ordinateur et un clavier... eh bien, rien. Alors que faire ? Forcer mon talent (c'est une tournure de phrase, je ne prétends pas avoir du talent) ? Ou patienter ? Qui d'autre que mes meilleurs potes pour me donner un avis ?

"A ta place Sven je ne me forcerais pas. Je préfère les gens qui réfléchissent avant de parler", m'a dit HD.

"Chacun son truc, moi, je préfère les femmes..." a répondu Hurley.

C'est te dire si mes amis me sont utiles dans ces circonstances.



Sven Thomasson Vërgson
12ème jour de Novembre 2069

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04 novembre 2009

Sens de mots

Les mots ont un sens, un endroit et un envers, qu'on ne peut pas faire tourner comme un rotor.

Bon, sauf les palindromes, d'accord.

Les mots sont un outil plus complexe à manier qu'un couteau suisse à mille lames. Mais tu ne peux pas éternellement batailler avec le décapsuleur pour faire tourner une vis cruciforme.

Du moins c'est ce que j'ai toujours pensé, alors puisque la vie - si variée - me confronte à des situations plus improbables chaque jour, depuis tout jeune, je lis. J'apprends, et alimente ma boîte à outils verbeux. C'est pas un couteau suisse que je me trimballe, c'est une véritable panoplie de Mr Bricolage.

Des mots j'en connais plein, et des phrases j'en ai fabriqué des milliards. Mais malgré tout, encore aujourd'hui, certaines sont bancales ou restent inachevées en manque d'un clou ou de ce putain d'écrou B4 que je n'ai jamais trouvé dans la boîte. Je suis sûr qu'il existe, pourtant.

Non seulement il faut avoir les bons outils, non seulement il faut être capable de choisir le bon pour la situation adéquate, mais encore faut-il savoir l'utiliser de la bonne façon. Dans le bon sens.

"
Bien assez" n'est pas la même chose "qu'assez bien".

Et contrairement à ce que pourrait laisser supposer le sens premier des mots, "
tu ne ressembles à rien" n'est pas pareil que "tu es unique".

Je continue de lire pour acquérir de nouveaux outils. Je continue d'écrire et de parler, pour apprendre à m'en servir. Pour apprendre à construire.

Mais quand je passe devant une cathédrale, mon vaisseau en légo me semble bien dérisoire. Et quand je suis face à certains silences, mes mots sont des traits au feutre qui bariolent la page blanche d'un cahier de coloriage.


Sven Thomasson Vërgson
4ème jour de Novembre 2069

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01 novembre 2009

I, robot

Je me suis réveillé ce matin les muscles noués, les yeux au plafond et la nuque raide comme si on m'avait vissé une cheville de 12 au niveau de l'occiput. J'avais les membres en bois, les tendons en acier, et l'hémoglobine huileuse. Je me suis senti artificiel : pas une créature vivante de chair et de sang, mais un robot en low battery ou un pantin wireless.

Mon esprit lui-même avait du mal à booter, réagissant comme une mécanique de basse qualité ou un peu rouillée. Ou touchée par un virus, peut-être, de ceux qui bloquent toute analyse ou le branchement de tout périphérique. C'est déstabilisant de se sentir si peu humain, confronté aux problèmes de pièces d'usure ou aux limites d'un espace mémoire limité. De devoir terminer une application, de gré ou de force, pour être capable d'en démarrer une autre. De contempler son propre bouton 'power' enclenché en position 'off', l'index bien incapable de bouger pour remédier à la situation.

Et c'est là que je me rappelle qu'une machine ne sert à rien sans utilisateur, qu'une voiture n'avance pas sans que quelqu'un n'ai tourné la clef, qu'une marionnette ne devient pas un vrai petit garçon sans une jolie fée.

Je ne suis qu'un trucage humain et je me dandine sur la scène encadrée de velours rouge, le petit théâtre de ma vie. Un grand guignol avec une gueule de bois.

Sven Thomasson Vërgson
Premier jour de Novembre 2069

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17 octobre 2009

Infraction

Pour ce long silence, j'ai de nombreuses excuses, de bonnes comme de mauvaises. Du coup, je te les épargne toutes.

Cependant, crois-moi sur parole, c'est après une semaine pesante comme un parpaing attaché à la cheville et assomante comme un parpaing dans la gueule que je rentrais chez moi hier. Le chemin était long, mais ce n'était pas une bonne excuse : passer par la traverse C, en travaux et donc interdite, c'était con.

C'était pas la première fois que je passais par là, pourtant : il m'arrive de franchir les barrières, pour gagner du temps, ou même pour rien, comme ça. C'est interdit essentiellement parce que c'est dangereux, bien sûr. C'est instable, et je pourrais causer des dégâts, me blesser, ou tout me faire effondrer sur la tronche sans espoir de secours rapides. Mais je suis comme tout le monde : on a beau me dire que c'est pas bien, tant que j'ai pas pris une taloche derrière la tête, hein...

Je suis donc passé sous les rubans rouge et blanc, ai ignoré le panneau d'avertissement jaune, grimpé par-dessus le grillage, et me suis engagé sur la traverse.

"Vous êtes perdu, monsieur ?"

Je me figeais : derrière moi, là où j'avais trangressé tous les interdits, deux agents de sécurité me toisaient d'un air sévère.

Mes épaules s'affaissèrent, ma tête bascula en avant, et je poussais un long soupir de résignation alors que celui qui avait parlé sortait déjà son boitier d'infraction. Le pire, c'est que quelque part au fond de moi j'étais tant convaincu de ma bêtise que j'étais presque satisfait de me prendre une prune. "Oh oui, colle-moi donc ta grosse amende, grand fou".

Les types ont été professionnels, polis, à peine moralisateurs, et m'ont souhaité un bon week-end en me faisant signer le boitier et en m'indiquant la bonne traverse à emprunter pour rentrer chez moi.

Si je te raconte ça, c'est parce que je me suis rendu compte que j'avais désormais la ferme intention de ne plus jamais enfreindre l'interdiction de passage de la tracerse C. Je me suis rendu compte que la répression avait été efficace, là où la prévention avait échoué. Comme un cobaye de laboratoire qu'on éduque à coups d'électrocutions.

Je suis un animal, et ce simple constat est plus efficace qu'une paire de baffes.


Sven Thomasson Vërgson
17ème jour d'Octobre 2069

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24 septembre 2009

Tribute

J'entends souvent dire que le monde d'aujourd'hui est moche. Pourri, disent certains. Que la vie sur cette planète en ces temps glacés, c'est de la merde, disent les plus aigris. Bref, il semble qu'une bonne partie de la population soit d'accord pour s'entendre sur un résumé de la situation bien clair et qui a fait ses preuves : c'était mieux avant.

Et moi, d'habitude, je désapprouve.

Je désapprouve, non pas que je défende ce monde par rapport aux précédents, ni que je le trouve tip-top. Mais il y a toujours eu du moche et du moins moche dans la vie, y compris par le passé, y compris avant que la planète ne soit couverte de glace, y compris dans la période d'après-guerre. Ou d'avant-guerre. L'idéalisation du passé, ou la complainte des jours perdus, très peu pour moi. Même aujourd'hui il y a du sacrément beau dans ce monde blanc. Le beau, suffit de bien vouloir le voir.

D'habitude, donc, je désapprouve.

Mais là, ce matin, j'ai pris une claque. J'étais - une fois n'est pas coutume - sorti en surface, errant dans les ruines de l'Avant, m'écartant imprudemment des balises rouges en quête d'un calme qui m'était nécessaire mais que menaçait une sortie scolaire. Bien entendu, ça pelait grave, et le vent soulevait les flocons pour se donner une contenance. Les rafales me giflaient, mais c'est à la statue que je dû mon étourdissement.

C'était une fine silhouette de femme simplement assise sur un tertre, au centre de ce qui devait être une place. En m'approchant, je compris que le tertre était une vieille fontaine que recouvrait la glace, et de laquelle ne coulerait plus d'eau liquide avant longtemps. La sculpture était gracieuse, et la finesse des membres me fit penser à une elfe, à une elfe fragile malgré sa structure de pierre. A ses pieds, le manteau blanc était tout boursoufflé, comme si les flocons bourgeonnaient et s'apprêtaient à recouvrir les alentours d'un parterre de fleurs de neige. Sous l'épais manteau d'hermine, la femme était courbée en avant. Les coudes sur les genoux, elle enfouissait son visage dans ses mains, et de fines stalactites pointaient de ses doigts pour renforcer l'impression déjà évidente qu'elle pleurait.

Ce que j'ai ressenti, c'est la piqûre de l'épiderme comme après un coup de poing, comme si la somptueuse elfe de pierre m'avait effectivement tarté.  Elle, elle était là, stèle d'un ancien monde, oeuvre d'art figée et solitaire, patiente attentiste d'un pélerin perdu. Désespérée. Pleurant. De douleur, sans doute, car sous le drap d'examen je découvris les craquelures du gel, les fissures du temps, l'érosion du sel marin. Je diagnostiquais une amputation sauvage au niveau de la cheville, trois impacts de carabine dans le dos. Un tag obscène sur un sein.

J'ai soupiré, ça m'a piqué les yeux et noué la gorge.

A ton avis, combien de belles choses ont été créées dans le passé et n'existent plus ? Combien de statues, comme ce corps d'elfe rigide sous son linceul, se sont errodées au fil du temps ? Combien de peintures ont brûlé ou pourri dans les aléas de l'Histoire ? Combien de partitions, de romans, de croquis ont disparu dans les airs sur leurs feuilles volantes ? Combien n'ont même jamais été connues de quiconque, oeuvres sans spectateur, qui n'ont jamais eu de noms, créées par des artistes anonymes ?

Après cette découverte, je n'avais envie que d'une chose : un café. Ou deux. Ou trois.
Ou un, mais sacrément tassé.

Sven Thomasson Vërgson
24ème jour de Septembre 2069

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21 septembre 2009

Bouchon

"Brrr..." fis-je, machinalement, en rentrant le menton et en relevant les épaules.

Dans le bloc d'habitation, il faisait froid. Mais alors en dehors du bloc d'habitation, là, juste sur le perron, dans la galerie, ça pelait grave sa race.

Les voitures s'alignaient sur la route, immobiles malgré le ronronnement des moteurs. Chaque phare éclairant le feu arrière de la voiture de devant. Pare-choc contre pare-choc. Embouteillage matinal. Machinal. Tant et si bien que ça fait des années que plus personne ne klaxonne. Voitures de merde et petits bijoux rassemblés comme autant de wagons d'un train en panne.

D'habitude, je ne les regarde jamais. Pas plus que les murs de béton ou les conduites d'eau. Ni le reste de mon piteux décors. Alors, ce matin, c'est tout juste si je remarquais la Venise rouge extravagante avant de détourner le regard du bouchon et de prendre ma traverse favorite.

J'ai marché... quoi, dix minutes ? Un quart d'heure ? Et puis je me suis rendu compte que j'avais oublié mon portable. Alors j'ai soupiré. Mais vu que j'étais pas en retard, et surtout que j'étais pas motivé pour bosser, j'ai rebroussé chemin. Je suis remonté à mon appart, ai récupéré mon téléphone, suis redescendu. Suis sorti sur le perron.

"Brrr..." fis-je, machinalement, en rentrant le menton et en relevant les épaules.

Et là, j'ai marqué un arrêt : les voitures s'alignaient sur la route, cul à cul, dans un ronronnement qui résonnait étrangement à mes oreilles. Je fis la moue : j'avais une sensation de "presque déjà vu", la Venise rouge rutilante n'étant qu'une dizaine de mètres plus loin que tout à l'heure. Je vérifiais ma montre... et restait planté là à observer des conducteurs qui ne conduisaient pas. Ils baillaient, lisaient, pestaient, se maquillaient, chantaient, ou ne faisaient rien, les yeux perdus dans le vide. Tous différents, tous pilotes résignés d'un long cortège statique, d'un cordon funèbre en deuil de la liberté.

Il y a vraiment des fois où je me dis qu'on vit dans un monde de fous.



Sven Thomasson Vërgson
21ème jour de Septembre 2069

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10 septembre 2009

Prince charmant

J'avais encore ma veste sur le dos et ma main dans celle de mon hôte, qui la serrait chaleureusement. Il y avait déjà une vingtaine de personnes dans l'appartement, de la musique et une forte odeur de bière. Voilà tout ce que j'avais enregistré quand mes yeux fixèrent les siens et n'en décollèrent plus.

"Oh... Valentine..." dis-je quand elle sourit et prouva ainsi qu'elle me reconnaissait aussi.
- Je suis surprise que tu te souviennes du prénom ! Nous ne nous sommes croisé qu'une fois, et ça fait... au moins deux ans, non ?"

Les yeux sont des machines à remonter le temps, et en un clin d'œil ce fut hier. Nous n'avions échangé que deux ou trois phrases, je ne savais rien d'elle à part que nous avions un ami commun, mais elle m'était restée en mémoire tout un week-end.

"Il y a des yeux bleus et des prénoms qui ne s'oublient pas" répondis-je en souriant à son sourire et en l'embrassant sur une joue puis sur l'autre.

"Toi, tu arrêtes de draguer ma meuf tout de suite, connard, ou je te mets une tête" murmura tout bas un beau gosse mal rasé en glissant une main dans le creux des reins de Valentine ainsi qu'un regard noir dans mes yeux soudains étrécis. Je fronçais le nez en découvrant que l'odeur de bière enregistrée plus tôt provenait en grande partie de sa grande gueule. Mais je suis un convive courtois : maintenant au lieu de gueuler, j'utilise l'humour.

"Hé ! Grossier, menaçant, l'haleine alcoolisée... je te reconnais mec : t'es le prince charmant ! J'ai bon ?"

Il n'avait pas tant bu que ça, finalement, parce que son poing ne rata pas ma mâchoire, et ce assez vite pour me surprendre. Du reste, ça a surpris tout le monde parce qu'il y eu un gros blanc. Quand j'ai redressé la tête, la main massant instinctivement tout le côté gauche de ma sale gueule, le type se dressait, droit comme un 'i', fulminant au côté de Valentine, me défiant du regard de pointer mes yeux sur autre chose que lui. Mais je "sentis" que tout le monde nous regardait soudain. Et tu me connais : moi, dès que j'ai un public...

"Ouaip, plus de doute, c'est toi. Grossier, menaçant ET violent, toutes les qualités qu'une femme puisse désirer."

Il fit un pas vers moi mais je baissais les yeux, levais une main en signe de reddition, et me retournais vers la porte d'entrée. Je la rejoignis en quelques pas, fis un petit geste d'excuse à mon hôte, et posais la main sur la poignée.

"Tu m'étonnes que j'suis célibataire..."


Sven Thomasson Vërgson
10ème jour de Septembre 2069

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27 août 2009

Grosse fatigue

J'ai enfin rédigé cet email.

Depuis le temps ! J'y ai passé une bonne demi-heure. Plus dix bonnes minutes pour sélectionner la photo que je voulais joindre au message, comme je l'avais promis. J'ai relu mes mots, apporté une ou deux retouches, corrigé une faute de frappe. Et j'ai cliqué sur "envoyer".

Et là, pile là - pas deux secondes avant, non, bien sûr - je me suis rendu compte que j'avais oublié de joindre la photo au message. J'ai souri.

"L'erreur classique" murmurais-je dans l'obscurité de la pièce, seulement éclairée par l'écran de l'ordinateur.

J'ouvris un autre message, remis l'adresse, et expliquais que j'étais con et que j'avais oublié de joindre la photo. Et hop, 'envoyer'.

Oh, je sais, tu le vois venir gros comme le cul d'Hurley, mais je te le donne en mille tout de même : j'ai omis encore une fois de joindre la photo. Là, déjà, j'ai arrêté de sourire, parce que c'est vraiment représentatif de la période que je traverse en ce moment, mêlée de fatigue et de déconcentration extrême. D'ailleurs, j'avais la flemme d'écrire à nouveau, mais je suis borné et ça va plus loin que ma lassitude.

J'ai ouvert un nouveau message, remis l'adresse, en expliquant qu'en plus d'être con j'étais fatigué car j'avais ENCORE oublié de joindre la photo. 'Envoyer'.

J'ai vérifié trois fois dans ma messagerie avant de me rendre à l'évidence : je venais d'envoyer trois mails d'affilé sans pièce jointe. J'étais décomposé. Pas tant parce que j'allais passer pour un énorme abrutis auprès de mon interlocuteur, mais parce que je passais pour un énorme abrutis à mes propres yeux, et que ça fait bien plus mal. Pire : en forçant sur ma mémoire, je n'arrivais pas à reconstituer les dernières minutes de façon claire, et donc avais encore du mal à croire ce que je venais de faire.

Rageur, j'ai ouvert un nouveau message, remis l'adresse, m'excusant en disant que je devais vraiment être TRES fatigué. Qu'il fallait m'excuser, blablabla. 'Envoyer'.

J'ai été dans mes "messages envoyés", et j'ai reniflé fort en sentant les larmes me monter aux yeux en voyant mon dernier message envoyé s'afficher sans le petit trombone indiquant une pièce jointe. J'ai éteint l'ordinateur.

...

Plus que "con" et "très fatigué", c'est quoi, à ton avis ?

Sven Thomasson Vërgson
27ème jour d'Août 2069

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21 août 2009

Réflexions sur la douleur

Oui, tu souriras
Tirant des nimbes du passé
Tes mauvais moments,

Car j'ai ouïe dire
Que les très mauvais moments
Sont bons souvenirs

Rien n'est meilleur
Qu'une très grande douleur
Qui s'est arrêtée.

Oui, tu souriras
Quand tout ça sera fini
Tu verras, Lili.

Huong-Duong Wong, Extrait de "Lili", Juillet 2064

***

Cristaux

***

"Moi je veux bien me taper toutes les peines du monde, tant que vous fichez la paix à mon corps..."

Stanislas Vërgson, Extrait de "Conseils de marche", Mars 2044

***

"Les douleurs légères s'expriment ; les grandes douleurs sont muettes."

Sénèque, Extrait de "Hippolyte", Ier siècle

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