Blanc comme neige...

Le blog d'un terrien en 2067, rédigé depuis une cité enterrée sous la glace et la neige, à une époque bouleversée par les changements climatiques.

22 octobre 2007

Chauffage central

"27... pfff... 28... pfff... 29... pfff... 30 !"

Je me laisse retomber sur le dos, expirant à fond.

Tu sais, il fait pas chaud dans nos galeries. On a tous nos tactiques pour se réchauffer : un poêle à bois ou à charbon, un radiateur électrique, une double couette ou un peu d'activité physique... en vérité, ça dépend un peu de tes moyens. Moi, en ce moment je suis un peu dans le rouge. J'ai eu des frais. Alors pour me réchauffer avant d'aller dormir, pour ne pas grelotter une demi-heure en attendant que mon pieu décongèle, je fais un peu d'exercice.

Et maintenant, j'ai mal aux abdos.

C'est un peu un cercle vicieux : plus il fait froid, et plus ton corps lutte pour se maintenir à 37°C. Il brûle des calories. Un peu comme si de petits bonhommes dans tes cellules balançaient de grosses pelletées de calories pour alimenter un brasier interne. C'est le principe d'homéostasie, tu te souviens ? Mais y'a pas de mystère : pour que ton corps brûle des calories, il faut que tu en ingurgites. Il te le rappelle sans cesse. Tu as faim. Pendant les repas. Entre les repas. Tu bouffes. Et tu prends du bide. Et tu te dis que, tiens, faire un peu de sport pour réchauffer ton corps et ton appart, ça te fera pas de mal. Et tu crâmes tes calories. Et ça te donne faim.

Et ça fait mal aux abdos.
Putain d'hivers.

Sven Thomasson Vërgson
22ème jour d'Octobre 2067

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19 octobre 2007

En manque

Est-ce que ça se voit ?

Oh, non, pas vraiment, j'ai la même gueule que les autres jours, je trouve. Quoique ? J'approche mon visage du miroir, et là je distingue un peu plus les détails : la peau un peu plus blanche que la semaine passée, sauf sous les yeux ; ces ridules au coin de mon regard, qui ne sont pas là d'habitude, pas à mon âge ; ces sourcils froncés, parce que mes rétines trouvent la faible lumière déjà agressive. Je suis éreinté.

Est-ce qu'ils vont le voir ?

Oh, non, pas les autres, quand même pas. Moi je sais que je suis fatigué, qu'il me manque des heures de sommeil au compteur, que ça fait longtemps que je n'ai pas fait le plein des sens. Mais bon, je suis bon comédien, j'agis comme à l'accoutumé. En plus, je suis grognon et pince-sans-rire de nature, alors tu crois vraiment qu'ils vont voir la différence ? Depuis ce matin que je travaille, boss ne m'a fait aucune réflexion sur le sujet.

D'ailleurs, regarde, la journée est terminée, je me casse. J'ai les yeux qui piquent comme s'ils étaient emplis de soda, des paupières en plomb, et une barre d'acier virtuelle qui rentre par une tempe pour ressortir par l'autre. Mais ça ne se voit pas. C'est fascinant.

"Bonne soirée boss.
- Bonne soirée Vërgson."

Vraiment fascinant.

"Hé, Vërgson ! Pionce un peu c'te nuit, tu seras gentil. Si j'avais embauché un zombie il aurait encore meilleure gueule que toi."

Merde : ça se voit.

Sven Thomasson Vërgson
19ème jour d'Octobre 2067

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18 octobre 2007

Plus dure sera la chute

Elle se précipite soudain en avant, sans que tu ne comprennes bien pourquoi. Tout se passe très vite : tes jambes n'ont le temps de faire qu'un pas et demi. Et en l'espace d'un pas et demi, elle a couru, a tendu la main en avant pour retenir la porte avant qu'elle ne se referme, a glissé sur l'étrange liquide d'un blanc immonde qui macule le sol, a effectué un soleil digne d'une acrobate russe (ce qu'elle est peut-être, au fond) et s'est ramassée violemment au sol dans un sploch écoeurant.

Et là, à cette seconde précise, tu te retrouves dans la situation classique. Celle qu'on a déjà tous vécu dans sa vie, au moins une fois : tu vois une amie se prendre une gamelle monumentale, et tu es partagé. Partagé entre l'instinct primaire qui t'ordonne d'éclater de rire, et l'inquiétude légitime de savoir si l'amie en question peut survivre à un tel fracas. Si elle va se relever. Si elle n'est pas déjà morte. Si ça se trouve, elle va crever connement dans cette galerie sombre, juste pour avoir voulu retenir une porte, ou juste parce que quelqu'un a renversé... un yaourt (tu pries très fort pour que ce soit un yaourt).

"AH MAIS MER-DEUH !" beugle-t-elle, bien vivante.

Mais c'est trop tard : tu as hésité, tu as refoulé ton instinct primaire, et le rire ne sort plus. En même temps tu es soulagé : demain, tu avais autre chose de prévu qu'une crémation. Surtout avec une épitaphe aussi con que celle qu'on aurait improvisé dans un tel cas.

Du coup tu tends la main, te ravise en voyant le... yaourt maculer doigts, jean et veste, et te contente finalement de sourire assez niaisement. Tu restes même là comme un con, les bras ballants, sans savoir quoi faire, tandis qu'elle trouve un mouchoir en papier dans sa poche et entreprend de limiter les dégâts. Et elle te parle, évacue sa nervosité, sa peur, sa rage, et toi tu ne trouves rien à dire. Tu es là, tu hoches la tête bêtement.

Et c'est maintenant, au moment de la chute de cette histoire, que tu te rends compte que celui qui est ridicule dans l'histoire, c'est toi.

Sven Thomasson Vërgson
18ème jour d'Octobre 2067

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17 octobre 2007

Repère matinal

« Han mais t’es vraiment trop con…
- Mais c’est la faute à ta pouffiasse de copine là !
- Ouais ben la pouffiasse c’est mon amie d’enfance ok ?
- Ben vous allez bien ensemble, tiens ! »

Ah, ça y est, c’est reparti. Le couple de jeunes du troisième. Un coup d’œil à ma montre posée sur le rebord du lavabo m’indique qu’ils sont ponctuels : 07:37, c’est pile-poil dans leur créneau habituel.

Ne crois pas que j’espionne mes voisins : je n’ai pas l’oreille collée à leur porte. En fait, je suis à poil à la sortie de la douche, face au miroir, en train d’étaler de la mousse sur mes joues râpeuses. Mais je les entends parfaitement bien, comme le reste de l’immeuble, sans doute : ils ne crient pas, ils hurlent. Comme chaque matin, entre sept et huit. Au début, j’ai pensé que le type était atteint d’une maladie, type syndrome Gilles de la Tourette. Mais non : ils sont juste cons. Tous les deux.

« Ho, ta gueule !
- Nan, toi ta gueule ! »

Non, vous vos gueules.

Note bien que ça ne me dérange pas tant que ça : à cette heure je ne dors plus, et j’atténue leurs humeurs d’une douche aussi bruyante que rassérénante. Mais tant de bêtise et de vulgarité ne méritent pas tant de décibels, et je me demande toujours ce que c’est que ces drôles d’oiseaux-là.

« Va changer de jupe, tu sors pas comme ça, on dirait une pute !
- Ben avec un peu de chance je chopperais enfin un gars qui saura me baiser ! »

Sérieux, ils sont pas nets ces deux-là. Vivement huit heure.


Sven Thomasson Vërgson
17ème jour d’Octobre 2067

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16 octobre 2007

Paris sera toujours Paris

La citée îles de France est de loin la plus vaste citée enterrée de l’ex-France. Elle disposait déjà, du temps de l’Avant, de très nombreux tunnels et galeries, d’un réseau arachnéen de métros et d’un bon nombre d’infrastructures souterraines. Forcément, quand vient la neige, ça aide.

Aujourd’hui, la couche de poudreuse atteint presque le second niveau de la tour Eiffel, et la glace fichée dans l’imposante armature de métal la fait sembler, par beau temps, à un étrange palais de cristal tout droit sorti d’un quelconque univers de fantasy. En dépit de cela, la vie sous terre est incroyablement bien organisée : se déplacer est par exemple bien plus aisé que dans la citée Azur, qui n’a jamais disposé du métro ni d’un réseau historique souterrain aussi riche que celui de cette citée que les habitants nomment encore Paris.

Je ne peux néanmoins me départir de cette impression de ruche, qui m’obsède encore plus ici que chez moi. J’étouffe et soupire dans les larges galeries inondées de passants, et regarde tous ces gens d’un air ahuri et impressionné. Oppressé. Comme si je faisais une crise de claustrophobie. C’est par où la sortie, dis-moi ? D’après les écrits de mon oncle Stan, Paris était déjà ainsi dans l’Avant, capitale surpeuplée et grouillante. Et même à l’époque des boulversements climatiques, alors que mon oncle observait la métamorphose de la citée, il écrivait « Paris sera toujours Paris ». Je crois qu’il a raison.

Ceci explique en partie pourquoi, malgré un séjour qui m’aura permis de me changer les idées et de voir des amis, je suis soulagé de rentrer. Je rapporte avec moi quelques artefacts : une écharpe, un livre, des souvenirs et un peu de nourriture, autant de fragments qui me rappelleront ce séjour. Et qui me rappelleront aussi, s’il en était besoin, cette indécrottable certitude : je ne suis décidément pas fait pour la vie urbaine.

Sven Thomasson Vërgson
16ème jour d’Octobre 2067

J'ai vu large. J'ai vu l'espace. Et finalement, trouvant la Grande Nature particulierement jolie et rassurante, j'en viens a redecouvrir les charmes d'une ville. Ses avantages. Pas fait pour la vie urbaine ? A voir. Inapte a habiter Paris ? Finalement, je me demande. J'y pense, parfois. T'en penses quoi, toi, dis-moi ?

Sven Thomasson Vërgson
24ème jour de Mars 2068

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11 octobre 2007

Vers ailleurs...

eiffel

Tu sais quoi ? J'arriverais jamais à stabiliser mon audimat de furieux : à chaque fois que je bats des records, je me tire quelques jours. Pas de bol, hein ? Oui, je devais pourtant te parler d'un couple de voisins qui ne peuvent envisager un petit déjeuner sans une violente dispute, mais je quitte mes galeries pour un long week-end. Et ça va te faire un choc, toi qui commences à être mal habitué avec mes bafouilles quotidiennes : t'auras qu'à lire mes archives, ou d'autres gens plus présents. Ou alors, sait-on jamais, peut-être que je bloguerais de loin. Mais à mon avis, t'es pas prêt de me revoir (sauf toi, bien sûr, mais à ta place je ferais pas la maline, sinon ça va jaser à mort). Allez, à la s'maine prochaine !

Sven Thomasson Vërgson
11ème jour d'Octobre 2067

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10 octobre 2007

Dojo

« Allez Sven, viens ! Au moins un soir, tu verras bien !
- Mouais… peut-être… »

Je songeais à cette conversation avec HD tout au long de ma marche solitaire dans les galeries du district 7. Je ruminais de vieux souvenirs, et en arrivant à mon bloc d’habitation j’avais l’esprit entièrement dans le passé. Je ne pus me retenir : aussitôt entré dans l’appartement, j’ouvrais les battants de l’armoire encombrée de mes fringues, tirais une chaise devant les étagères ainsi offertes, et allais farfouiller au fond de la rangée du haut. C’est ainsi que j’exhumais, impeccablement plié et d’un blanc immaculé, mon ancien kimono.

Cela faisait plus de dix ans qu’il patientait, et je fus incapable de résister à l’envie impérieuse d’un essayage. Juste pour voir. Il semblerait qu’au cours de cette décennie, je n’ai pas beaucoup changé physiquement. Je suis peut-être même plus affûté : il me va bien.

J’ai tourné et retourné le papier déchiré sur lequel HD m’avait inscrit l’adresse du dojo. Son père y donne des cours d’aïkido, désormais, et mon vieil ami m’a proposé de m’y remettre. Bon pour le corps, bon pour l’âme. J’ai des mouvements qui me reviennent en tête, des roulades, des clefs de bras. C’est vrai que c’est ludique, comme art martial : on apprend beaucoup sur son propre corps. Mais je ne sais pas si j’ai envie de m’y remettre sérieusement. J’irais peut-être saluer son père, à l’occasion. Au moins un soir.

Je verrais bien.

Sven Thomasson Vërgson
10ème jour d’Octobre 2067

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09 octobre 2007

Vingt neuf

Hier, c’était mon anniversaire. Le dernier de la vingtaine : l’an prochain, il faudra que je change le chiffre de la dizaine. Mais tu sais quoi ? Je m’en fous.

Est-ce que l’ours blanc se soucie d’avoir dépassé la moitié de son espérance de vie ? Est-ce que le phoque s’inquiète de l’âge qu’il aura demain ? Est-ce qu’un arbre grimace en contemplant ses rides ? Non, bien sûr que non, et je suis sûr que tu commences à comprendre où je veux en venir : il n’y a bien que ce con d’humain pour se créer ses propres problèmes ainsi.

Découper le temps en petits bouts pour le mesurer et le voir défiler, j’avoue, c’est pratique. On est tous sur le même créneau horaire, on vit ensemble, on a tous les mêmes repères. Pratique, je te dis. Mais ça s’arrête là : hier j’étais plus vieux d’un jour par rapport à avant-hier, et aujourd’hui j’ai un jour de plus qu’hier. Tu sais quoi ? Demain j’aurais un jour de plus qu’aujourd’hui. Et rien qu’en tapant cette note j’ai pris plusieurs minutes. Et alors ? C’est la vie.

Un anniversaire n’a qu’une signification pour moi : la fête. C’est juste une excellente excuse pour faire une bonne bouffe entre amis. Quoi, toi tu fais la gueule le jour de ton anniversaire ? Pourquoi ? Tu préfèrerais ne pas avoir à subir les assauts de l’âge ? Tu voudrais vivre quoi ? 200 ans ? 500 ? A jamais ? Arrête un peu ton cinéma…

Objectivement, je n’avais aucune raison de déprimer hier, ni n’aurais de raison de déprimer l’an prochain à la même date : l’auto torture psychologique, j’essaie d’éviter. Parce que le problème de l’âge, vraiment, c’est bien nous-même qui le créons.

Il n’existe pas.


Sven Thomasson Vërgson
Le lendemain du 8ème jour d’Octobre 2067

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05 octobre 2007

Homéostasie

"Partout, les restes délabrés de notre sacro-sainte civilisation se dressent dans le ciel noirci, étendards déchirés d'un empire de métal et d'orgueil, temples en ruines d'un culte impie à la modernité.
[...]
Nous grouillions sur la Terre, comme des sangsues. La nature se flétrissait au contact de nos villes. Nos usines charriaient la pollution vers les eaux souterraines, et nous détruisions tout. L'homme ne se reproduisait plus, il pullulait. Nous ne survivions plus, nous dominions, souverains de ces terres qui nous ont élevés, bercés, nourris... Qu'étions-nous devenus, sinon des parasites ?"

Je fermais lentement le vieux carnet craquelé et frottais d'un geste machinal mes yeux fatigués. Les carnets de mon oncle regorgent de passages de ce genre, d'avis tantôt scientifiques tantôt mystiques sur les déchaînements climatiques de ces dernières décennies, ce dérèglement qui a peu à peu transformé notre planète bleue en planète blanche. Ou comment le réchauffement climatique a sonné l'heure d'une nouvelle ère glaciaire. Quelle ironie.

L'une des théories de mon oncle - celle que je trouve la plus savoureuse - parle du phénomène d'homéostasie. Je suis pas scientifique moi-même, alors t'attends pas à une explication trés chiadée, mais disons que l'homéostasie est la recherche perpétuelle de l'équilibre par un organisme ou un système donné. C'est ce qui se passe quand ton corps brûle des calories   quand tu as froid, pour maintenir ton organisme à 37°C. Tout organisme ou système complexe recherche en permanence un état d'équilibre dans lequel il se sent bien. Mon oncle laissait entendre que ce principe devait s'appliquer à la Terre entière, en temps que système. Et que si quelque chose - sous-entendu l'être humain - venait à briser l'équilibre, le monde contrebalancerait en réagissant dans l'autre sens.

Alors quand tu vois comment la Terre a réagit aux accroissements de températures engendrées par l'Homme, et comment ça a sacrément stoppé sa domination, à ce drôle de mammifère, eh bien je trouve qu'il y a de quoi se poser des questions. J'aime à penser que mon oncle n'était pas loin de ne pas avoir tort.

Homéostasie.

Quelque part, je trouve ce mot poétique. Rassurant. Je sais pas toi, mais je trouve qu'il sonne bien en bouche. Un peu comme rédemption. Ou balance. Ou "bien fait pour ta gueule".

Sven Thomasson Vërgson
5ème jour d'Octobre 2067

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04 octobre 2007

La porte

"Vërgson, je suis ivre de toi...
- Pardon boss ?
- Tu me saoules !
- Ah..."

C'est un peu tendu, le taf, en ce moment. Et pourtant, on n'est que deux à l'atelier. Tout le monde sait très bien que les problèmes, au boulot, sont majoritairement liés au relationnel. A l'humain. C'est comme en informatique : quand y'a une merde, elle se situe généralement entre la chaise de bureau et le clavier. Je ne sais donc pas comment font les grosses sociétés pour survivre à leurs propres employés : nous, on est deux, et on est déjà pas capables de se gérer. L'atelier ne manque pas de clients, mais il est en péril. Faut avouer aussi que si un seul d'entre nous pète les plombs et claque la porte, l'autre est sacrément dans le caca...

J'y pense, parfois, pas toi ? A claquer la porte. Pouvoir dire "je me barre", observer les regards stupéfaits et vaguement envieux des autres, se draper dans une dignité de bon aloi et sortir comme un prince, libre d'aller où tu veux. Mais où veux-tu aller ? La voilà la question. Quand tu seras sur le seuil, avec la porte derrière toi, tu iras où ? Quand l'adrénaline de cette petite victoire sera retombée, t'en penseras quoi ? Quand le froid de l'extérieur rafraîchira tes esprits, tu regretteras pas ton bureau près du radiateur ? Tu regarderas pas en arrière, cette porte franchie des milliers de fois, en te disant "boarf, allez, j'y retourne, je dirais que c'était une blague" ?

Je sais pas toi. Mais moi je me connais, et je connais ma grande gueule : j'enfoncerais mes poings bien au fond de mes poches, je traverserais la rue dans le froid en rentrant ma tête dans mes épaules, je serrerais les dents, et murmurais pour moi-même :

"Qu'ils aillent se faire fout', je r'viendrais jamais !"

Je m'éloignerais alors dans la lumière faiblissante des réverbères, vers de nouvelles aventures.

"Hé, Vërgson ! Tu me le valides ce plan ou je demande l'avis de ma grand-mère ?"

Bon, en attendant, tu m'excuses, j'ai du taf à terminer.

Sven Thomasson Vërgson
4ème jour d'Octobre 2067

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