L'agenda
« Oh non, merde, quel con ! »
C’était la semaine dernière. Je venais de me rendre compte que j’avais oublié mon agenda chez un client, un client qui habite à l’autre bout de la cité, chez qui je ne vais qu’une fois par semaine.
« Quel con mais quel con mais quel con ! »
C’est un drôle d’outil, un agenda. Personnellement, j’ai bien du mal à m’en passer. Non pas que je noircisse vraiment toutes les pages de tous les jours de toutes les semaines, pourtant. Non pas que j’ai une mauvaise mémoire, non plus. Mais il me soulage l’esprit, je crois.
Je note. Je note un rendez-vous ; Un travail urgent à finir pour telle date ; Les coups de fil que je dois passer ; Une soirée entre amis ; Un déjeuner avec Hurley ; Un truc à acheter la prochaine fois que je vais faire des courses. Je note, et pendant que ça s’inscrit dans mon cerveau ça s’inscrit aussi dans ce petit cahier noir. Je m’y réfère assez peu, en fait : c’est un aide mémoire au cas où ma mémoire flancherait, ce qui arrive rarement.
Je crois que c’est juste un geste sécurisant, de noter dans l’agenda. Si je sais que je l’ai noté, mon esprit se détend et étrangement se souvient mieux. Si je ne le note pas, j’ai tellement peur de l’oublier que je n’arrête pas de penser à ce que je dois faire. Je me stresse tout seul, ça m’énerve. Alors je note.
Aujourd’hui, de retour chez mon client, j’ai retrouvé mon agenda sur le bureau. J’ai plongé dessus comme un naufragé s’agrippe à une bouée. Je l’ai ouvert, ai vérifié que je n’avais rien oublié d’important la semaine passée, ai fébrilement noté tout ce que j’avais dans la tête pour cette semaine. Pour ne pas oublier.
Enfin, pour ne pas oublier, encore faut-il ne pas oublier de le consulter, l’agenda. Et ne pas l’oublier à l’autre bout de la ville, non plus.
Sven Thomasson Vërgson
21ème jour de Septembre 2066