Sience-fiction
"C'est un roman de science-fiction. D'anticipation, plus précisément. Et ça parle de l'impossibilité de mener une politique d'hyper-urbanisation tout en maintenant un réel système démocratique.
- Gné ?"
Le manuscrit - un énorme pavé de plusieurs centaines de pages - me semblait capable de faire craquer le bois de la table basse. Maya, elle, jubilait en m'en parlant. Cette petite brune aux yeux clairs et à l'esprit vif avait toujours jubilé en parlant de sa passion. Comme chacun d'entre nous quand on parle de nos passions, en fait.
"Je t'explique, c'est en fait très simple : la démocratie est un beau principe, mais toute personne un peu sensée sait bien que ce n'est pas le système le plus performant pour un pays. Ce n'est rien d'autre que la 'loi du plus grand nombre', ce qui mène souvent à des décisions ridicules. Y'a pas à tortiller du cul : l'être humain, en foule, il est con."
Jusqu'ici, je ne pouvais pas la contredire. Elle a toujours été enflammée et politiquement incorrecte, Maya, et ça m'a toujours fait marrer. J'étais bien obligé d'avouer que j'étais plutôt d'accord avec elle : le sujet nous intriguait, mon cynisme et moi.
"Tu sais ce qu'on a constaté, lors des guerres mondiales de l'avant, dans les camps de concentration ? Au lieu du 'chacun pour soi', les prisonniers mettaient leurs maigres provisions en commun et partageaient équitablement. Eh ouais, rien d'autre que du communisme, Sven. En cas de situation difficile où la survie est en jeu, la démocratie n'a aucun sens..."
Pour le coup, j'étais un peu perplexe.
"C'est bien beau tes histoires, mais en cas de situation difficile à mon avis la loi redevient surtout celle du plus fort. On redevient des animaux, et les lois naturelles nous rattrapent : la sélection naturelle, ma belle. Manger ou être mangé. Darwin quoi. C'est une question de survie."
Elle acquieça, tout sourire.
"Oui, tu as raison, même si la solidarité humaine ne doit pas être négligée, car elle revient en force quand tout semble perdu. Mais dans un cas comme dans l'autre, il y a bien une chose qui n'a pas sa place : la démocratie. C'est un luxe que l'être humain ne peut se permettre que quand tout va bien... or tout ne va PAS bien. L'hyper-urbanisation de la planète a conduit au réchauffement climatique puis à notre nouvelle ère glaciaire. Et qu'est-ce qu'on fait ? On s'accroche aux anciens régimes, et on recommence nos expensions urbaines à outrance. Les gens ne se rendent pas compte qu'un jour nous devrons choisir entre ça et démocratie. L'un ou l'autre. Il est IMPOSSIBLE d'avoir les deux en même temps, sur le long terme."
Maya, c'est pas la moitié d'une conne. Excessive, incontrôlable, bien sûr, et je savais avant de l'avoir lu que le projet de roman qu'elle me présentait allait sans doute partir dans tous les sens pour ne mener nul part.
Mais comme toute bonne sience-fiction, elle a réussi à me faire gamberger toute la nuit.
Sven Thomasson Vërgson
21ème jour de Décembre 2072