30 avril 2009
La croisade
C'est une quête.
C'est une quête, et comme toutes les quêtes elle est fastidieuse. Il y a toujours plus d'espoirs de trouver que de réelles trouvailles. Il y a toujours plus de recherche que de découverte. Plus de questions que de réponses.
Dans une quête.
Je me souviens d'une quête analogue, qui va te paraître ridicule mais qui est un bon exemple : la soupe aux vermicelles de Madame Wong. Je l'ai savourée mille fois, j'ai mémorisé son goût, j'ai cherché les ingrédients, et j'ai tenté sans relâche de la refaire à l'identique. Et à chaque fois il y a cette excitation pendant la préparation, l'espoir que cette fois ce sera différent. Il y a le léger tremblement au moment de goûter. Le sentiment d'accomplissement qui miroite sur la surface bouillante du liquide. Et puis non.
C'est une quête.
Excitation, espoir, tremblement, puis déception. L'impression que la soupe de Madame Wong est véritablement unique. Oh, c'est une connerie, hein, c'est forcément faux, objectivement parlant.
Mais le Graal a la peau dure. A c'en demander s'il est gardé par un dragon... ou si c'est lui, le dragon.
Sven Thomasson Vërgson
Dernier jour d'Avril 2069
23 avril 2009
Des traces de pas dans la neige

Je m'absente de mes galeries une petite semaine, poussé dehors par quelques notes de Printemps.
L'inspiration devrait bourgeonner puis fleurir peu de temps après.
Sven Thomasson Vërgson
23ème jour d'Avril 2069
19 avril 2009
Partenaire
Ogg est grand. Ogg est fort.
Ogg n'est pas le gourou d'une secte à laquelle je viendrais d'adhérer. C'est juste un pote d'Hurley avec qui j'ai joué au tennis une ou deux fois par le passé. Et accessoirement un type qui a une frangine assez mignonne que je ne désesperais pas de revoir un de ces jours. Il est grand et fort, donc, et il part au quart de tour.
"Le videur a dit qu'j'étais pas bien fringué, tu le crois ça ?"
Oserai-je répondre oui ? Visiblement non.
"Du coup son nez à fait une bise à mon front.
- T'es rentré finalement ?
- Trois de ses potes sont venus l'aider.
- Ah, donc tu n'es pas rentré..."
Il s'est rembruni et m'a jeté un regard mauvais. Il a levé un trio de doigts qui m'ont fait penser à Stonehenge.
"Sven, y'a que trois endroits où j'entre pas : ton cul, ma soeur et au tennis."
Quelque part, c'est rassurant. De soulagement, je posais donc la question qui semblait sur toutes les lèvres.
"Au tennis ?
- J'ai cassé la gueule du gérant y'a deux mois. L'avait zieuté ma frangine."
Un ange passa en se moquant de moi.
"Ah", répondis-je en baissant les yeux sous un réflexe instinctif sans doute un brin coupable.
Ou comment perdre un partenaire de jeu potentiel pour deux excellentes raisons.
Sven Thomasson Vërgson
19ème jour d'Avril 2069
12 avril 2009
Coup de mou
J'étouffais.
C'est étrange, comme il y a certaines choses auxquelles on ne fait jamais attention. L'air nous entoure, depuis le moment de notre naissance jusqu'à celui de notre mort. C'est un élément prépondérant de notre vie, et qui s'en soucie ? Personne. On se moque de l'air. C'est dire si on n'en manque pas. Mais c'est ainsi. L'air, c'est comme le sexe : c'est pas important jusqu'à ce qu'il n'y en ait plus.
Et j'étouffais.
Nez bouché, gorge obstruée, j'étais malade à en crever. Mais, contrairement à un pneu, mon problème n'était pas que l'air s'échappe de mon corps, c'était qu'il n'y rentrait pas. Ouais, je suis une chochotte, c'est vrai, mais il y a vraiment des moments où, sous l'effet de la fièvre et de la douleur, tu te demandes si le truc qui te ronge ne serait pas capable de te tuer pour de vrai, ce coup-là.
Si con. Pas capable de trouver une épitaphe convenable pour une mort causée par cette chieuse de maladie. J'ai affronté la crainte de l'ours blanc, du flic ripoux, de l'avalanche. Les gros trucs qui font peur. On a toujours peur des gros trucs qui ont des grandes dents.
Du coup on sous-estime les petits adversaires, alors que l'ours on le voit.
Pas les virus.
Sven Thomasson Vërgson
12ème jour d'Avril 2069
08 avril 2009
N'importe quoi
Le chat arriva en trottinant, les doux coussinets de ses pattes duveteuses produisant le vrombissement d'une chasse d'eau défectueuse. Il grimpa à la corde jusqu'au toit du bar et, haletant de son retard, attrappa une trompette pour se mettre à jouer. Je lui criait bien qu'il se trompait d'instrument, mais il me répondit que le saxophone était au garage. Je me demandais d'ailleurs depuis quand Lewis avait le permis. Je m'attablais donc à la table de Mme Wong, qui m'expliqua que ce soir elle ne cuisinait pas, car elle avait raté un coup de fil. Tout le monde lui disait bien de rappeler entre les lignes, HD vint prendre notre commande, et je conseillais à la vieille dame de n'en rien faire. Vint alors le moment délicat de parler travail - puisqu'il fallait bien dire que, même si les voyages forment les muscles, ils ne paient pas de mine - et Mme Wong me demanda pourquoi je ne bossais plus pour Boss, et ça me fit rire. Elle répondit que je ne comprenais décidément rien. Je rétorquais que je n'étais ni pour, ni contre, bien au contraire. C'est que coucher avec lui me déplairait pas, et tant pis si on bosse ensemble. HD me demanda alors si sa femme n'était pas maquée avec un ornythorinque, justement, ce à quoi je n'eus pas le temps de répondre car Hurley arriva triomphant et pile à l'heure.
C'est là que mon esprit comprit et que je me réveillais.
Parce qu'Hurley arrivant à l'heure, c'était vraiment n'importe quoi.
Sven Thomasson Vërgson
8ème jour d'Avril 2069
03 avril 2009
Bonne excuse
"Je suis passé hier me faire payer un coup à boire, mais personne est venu ouvrir quand j'ai sonné ! Tu m'avais pourtant dit que tu serai là tout l'après-midi, tu aurais pu me prévenir..."
Il y a de l'animosité amicale, dans sa voix. Cela signifie qu'il ne m'en tient pas rigueur. Mais cela signifie aussi qu'il avait une sacrée soif, qu'il se serait bien tapé une bière, et que quand même, l'apéro, c'est sacré. J'ai haussé les épaules en grommelant un truc qu'il n'a pas compris. Normal, tu me diras : ça voulait rien dire.
D'ailleurs, ça m'fait penser au grommèlement de mon ex-boss (qui s'appelle toujours Boss, hein, je te rassure) sur mon répondeur, l'autre jour. On ne s'est pas vu depuis un bail, j'ai honte. Il m'a appelé, et il a laissé un message sur ma boîte vocale, et j'ai rien compris à part qu'il semblait me reprocher de ne pas avoir répondu. Enfin, c'est ce que j'ai cru comprendre, parce que ça faisait plutôt un long roulement de tonnerre lointain, genre de celui qui annonce la pluie. Je sens que quand ça va tomber... enfin, du coup, j'ai pas osé le rappeler.
Enfin, tout ça, c'est rien comparé au ratage d'il y a deux semaines. C'est toujours comme ça, hein : tu passes toute la journée à côté du téléphone, et il suffit que tu t'en éloignes pour qu'il sonne. Elle n'a pas laissé de message. Je me suis dit qu'elle allait rappeler. Elle n'en a rien fait. Et maintenant que j'ai laissé passer un peu de temps, je n'ose plus. Et je me fais mes films.
Il y a des fois où tu n'as pas d'excuse, et tu te tais en baissant la tête. Et puis il y a celles où tu en as une, une vraie valable, mais que tu ne révéleras jamais.
Alors je me tais en baissant la tête.
Pourtant, même le Pape doit bien y aller parfois, aux toilettes.
Sven Thomasson Vërgson
3ème jour d'Avril 2069