Blanc comme neige...

Le blog d'un terrien en 2067, rédigé depuis une cité enterrée sous la glace et la neige, à une époque bouleversée par les changements climatiques.

11 décembre 2007

L'entretien final

« Monsieur, votre CV est particulièrement intéressant… »

C’est comme ça qu’a commencé l’entretien d’Hurley. Comme ça qu’il me l’a raconté, en tous cas.

« Votre profil correspond tout à fait à ce que nous recherchions. Il y a beaucoup de points qui jouent en votre faveur. »

Forcément, ça lui a gonflé le cœur, à Hurley. Ma foi, ça se comprend : ça faisait un bail qu’on lui avait pas dit des choses comme ça. Mais tu connais Hurley, il est pas trop du genre optimiste. A ce moment-là, malgré son énorme envie d’avoir ce job, il s’est dit que c’était trop beau pour être vrai. La moue de la bonne femme des ressources humaines a confirmé ses craintes.

« C’est pourquoi je suis tellement désolée, Monsieur. J’aimerais réellement pouvoir vous embaucher, mais hélas on ne peut pas toujours faire ce qu’on veut dans la vie. La conjoncture pour notre société n’est pas idéale, c’est un peu compliqué en ce moment. Il y a eu des restructurations, des problèmes de budget… »

Hurley a alors commencé à se tortiller sur sa chaise : il est un peu comme moi, Hurley, il aime pas trop tourner des heures autour du pot. Elle l’a compris.

« Je suis désolée, Monsieur, mais je crains qu’on ne puisse poursuivre plus avant. Bien entendu, nous resterons en contact, et je n’ai nullement le désir de perdre un candidat tel que vous ! Bien qu’à mon avis, votre CV est si intéressant qu’il est peu probable que vous restiez sans emploi encore longtemps… »

Si elle avait su combien de fois on la lui a servi, cette réplique, à Hurley ! Si elle avait su depuis combien de temps ça dure ! Si elle avait su… si elle avait su elle aurait fermé sa gueule, je pense. Et Hurley de conclure son récit par une remarque pessimiste, certes, mais qui sonne plutôt juste :

« Tu sais ce qui me déprime le plus dans l'histoire, Sven ? C'est qu'elle était absolument sincère. Et que je suis presque certain que dans trois mois la boîte recrutera un imbécile bien moins compétent que moi… »

Que voulais-tu que je lui réponde ? Je ne sais pas toi, mais en écoutant son récit j’ai personnellement eu une oppressante sensation de déjà vécu…

Sven Thomasson Vërgson
11ème jour de Novembre 2067

Posté par STV_ à 10:00 - Idées noires - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Je te quitte, tu es trop bien pour moi, et puis c'est un peu compliqué en ce moment, la conjoncture actuelle de la mort de mon poisson rouge ne me permet pas d'investissement à long terme. Mais bien entendu on peut s'appeler ! quoique tu auras vite fait de te trouver une autre copine hein, top comme tu es... Euh, c'est toujours toi qui payes le resto ?

déjà vu oui ;)

Posté par schizozote, 11 décembre 2007 à 11:16

Nous gardons votre cv pour référence future. Tenez je le range ici. Quoi? vous pensiez que c'était une corbeille. Non ce sont nos nouveaux systèmes de classement modulaires.

Posté par Ce Bref Réveil, 11 décembre 2007 à 17:52

Droit de réponse

Schizozote : ça dépend s'ils prennent les tickets restos.

Ce bref réveil : le classement vertical, que ça s'appelle. Adapté au mode de vie des galeries.

Posté par STV., 11 décembre 2007 à 19:37

J'ai entendu dire qu'il y avait, dans la formation des drh, une close comprenant l'annonce des mauvaises nouvelles. deux ou trois petits trucs , des astuces pour enrober la chose. deux ou trois, hein, pas plus...
alors quand on est du mauvais côté, on les entend à répétition ces astuces, et elles sentent la misère.
ça me fait penser au personnage de Malaussène, de pennac, (la fée carabine). il joue le rôle de l'annonceur de mauvaises nouvelles dans sa maison d'édition, justement parce qu'il fait autrement que par des astuces. Il est un annonceur inné de mauvaise nouvelle et, à chaque fois, il risque sa peau car, c'est bien connu, on tue, si on le peut, le porteur de la bad news.

Posté par leila zhour, 11 décembre 2007 à 20:50

Oui mais bon, comme disait l'autre, de nos jours, il vaut mieux être incompétent qu'un con pétant.

Posté par Martin-Lothar, 11 décembre 2007 à 20:51

Cher monsieur,

Nous gardons votre billet en prévision d'une future lecture. Nous vous assurons de la qualité de cului-ci mais nos yeux sont beaucoup trop fatigués pour le lire.

En espérant vous relire, nous vous prions, monsieur, d'agréer l'assurance de nos sentiments les meilleurs.

Posté par Monsieurmonsieur, 11 décembre 2007 à 21:06

Courage, courage, la roue finit toujours par tourner !

Posté par Madame Poppins, 11 décembre 2007 à 22:11

Droit de réponse

Leila : pour ceux qui ne l'ont pas encore fait, pitié, lisez la série des Malaussène de Daniel Pennac, c'est absolument fabuleux.

Martin : pour le coup, je suis pas d'accord. :)

Monsieur : me relire ? T'en auras pas beaucoup l'occasion, mon pote (teaser).

Mme Poppins : ouais. Suffit de pas rester dessous.

Posté par STV., 11 décembre 2007 à 22:21

Poster un commentaire







Rétroliens

URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=75624&pid=6712436

Liens vers des weblogs qui référencent ce message :