Blanc comme neige...

Le blog d'un terrien dans les années 2060, rédigé depuis une cité enterrée sous la glace et la neige, à une époque bouleversée par les changements climatiques.

30 novembre 2007

Papillon de nuit

« Tu vois Hurley, moi je les aime bien, ces papillons. »

On était tous les deux dehors, rentrant à pied d’une soirée chez HD. Nos poings profondément enfoncés dans les larges poches de nos manteaux, nous déambulions dans les galeries souterraines de notre bonne vieille citée, le nez levé comme si nous regardions le ciel. En vrai, nos yeux ne voyaient que les réverbères basse consommation et les loupiotes des traverses de secours, mais on contemple les étoiles qu’on peut, pas vrai ?

« T’es vraiment un gars bizarre. Ils ne sont même pas beaux, tes papillons de nuit. »

Je t’en parle souvent, de ces papillons, et pour cause : ils sont omniprésents dans les galeries. C’est vrai qu’ils sont moches, qu’ils ne volent pas droit, et qu’ils donnent l’impression de tituber de réverbère en réverbère comme un poivrot faisant la tournée des bars. Ils s’enivrent de lumière puis s’approchent de la prochaine flamme, hésitants mais obstinés, maladroits mais téméraires, prêts à se brûler les ailes. Comme l’humain que tu es, en quête d’un bonheur aveuglant que tu n’atteints jamais vraiment.

« Toi qui les aimes tant, Sven, tu peux m'expliquer un truc ?
- Oui, quoi ?
- Si ces putains de papillons aiment tellement la lumière, pourquoi ne vivent-ils pas le jour ? »

Sacré Hurley. Il m’étonnera toujours, avec son petit côté rationnel de scientifique de magazine. J’ai laissé passé un petit instant, marchant en silence à ses côtés, observant l’un de ces insectes se cogner contre la bulle de plexi de son mini-soleil, et rejoindre de dépit l’astre suivant, cinq mètres plus loin. La réponse m’est alors apparue, lumineuse.

« Tu sais quoi Hurley ? Un papillon de nuit, c’est réaliste. La grosse ampoule, le jour, elle est vaaaaaachement trop loin... »

Sven Thomasson Vërgson
Dernier jour de Novembre 2067

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29 novembre 2007

Autant en emporte le vent

" En partant planter la tente par temps terne, tu t’es montré entêté.
- Ma tante, j’avais attendu tant de temps que j’étais trop tenté !
- Tu m’en diras tant ! Tu es d'un têtu ! C’en est entêtant !
- Etais-ce si inquiétant que tu t’es tant tendue ?
- En partant plus tôt  tu aurais pu monter les montants du auvent ! Qu’as-tu en tête ?
- Par tant de vent ? Même en m’y prenant dans les temps je l’aurais pris dans les dents !
- Autant pour moi. Mais tu aurais pu tenter, car en ôtant le auvent ça a tendu la toile tant et tant que ça a rabattu le battant !
- Tu n’as pas tort. Tant pis. C’est tant embêtant que le vent en emporte autant ! "

J'ai relevé la tête du manuscrit, la moue sceptique et le sourcil en accent circonflexe. Wig, droit comme un "i" dans mon canapé, me regardait avec des yeux emplis d'espoir. Tellement emplis que j'ai cru que ça allait déborder. J'ai soupiré.

"Et tu veux que je t'aide à répéter 'ça' ?"

Il m'a sourit en découvrant toutes ses dents, ses canines crispées sur sa clope comme un piège à loup sur la patte d'un animal blessé. J'ai soupiré encore.

"Putain c'est chaud tes cours de théâtre, là !"

Sven Thomasson Vërgson
29ème jour de Novembre 2067

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27 novembre 2007

Boss II, le retour

« Boss, tu peux quand même pas m’engueuler pour un truc que j’ai pas fait !
- Sauf s’il s’agit de ton travail, Vërgson.
- Dit comme ça, forcément… »

Je sais pas si tu te souviens, mais boss a quitté le boulot coincé. Il jure que ça va mieux, mais personnellement je vois pas l’amélioration : décoincé du dos, peut-être, mais pour le cul son kiné n'a pas l’air terrible.

« C’était pas mon boulot, c’était le tiens !
- J’étais en arrêt, Vërgson. Du coup ça devenait TON travail.
- Ben tiens. »

Faut bien avouer qu’il est parti un peu précipitamment, quand il s’est blessé, et que j’étais un peu trop mort de rire pour lui poser des questions sur les dossiers en cours. Je me suis retrouvé du jour au lendemain sans boss, sans instruction, sans même une « to do list ». Et moi, à part mon job, la seule chose dont je m’occupe dans la boîte c’est la machine à café…

« Bon, on va pas s’engueuler des heures, non ? Ce qui est fait est fait.
- Et ce qui n’est pas fait, n’est pas fait… »

Je vais demander au kiné qu’il me rende mon ancien boss : je ne sais pas ce qu’il lui a fait, mais le nouveau est PIRE.

Sven Thomasson Vërgson
27ème jour de Novembre 2067 

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16 novembre 2007

Il est de retour

Je l'aime bien, ce type. Peut-être parce qu'il me rappelle un peu mon oncle : un humour à dépuceler un ours, de jolies choses à dire quand il s'applique, et cette bougeotte qui caractérise si bien les éternels insatisfaits. Un coup ici, un coup là, je lui ai connu diverses identités... mais toujours le même visage sympathique, même s'il faut toujours un temps avant de le reconnaître, avant d'être sûr que c'est lui, que c'est bien lui, de retour.

Pour sûr, ça faisait un moment qu'on l'avait pas vu dans le coin. La dernière fois que je l'ai croisé, c'était à la buvette, comme souvent à l'époque. Et puis le lendemain, il était parti. Encore. Mais on savait tous, ici, qu'il finirait par revenir. Même lui le savait bien. Où était-il, pendant tout ce temps ? Nul ne pouvait prétendre le savoir, et en fait je crois qu'on s'en fichait tous un peu. On pensait juste à lui, régulièrement, avec ce petit sourire nostalgique et ce petit rire d'anticipation en imaginant le jour où.

Et puis il est revenu, discrètement, sans faire de vague. Il est retourné dans les galeries qu'il fréquentait, a retrouvé les gens et les odeurs, sans s'annoncer, sans se découvrir. La rumeur a fini par arriver à mes oreilles. "Pa'aît qu'il est de 'etou'" qu'il m'a murmuré, Lewis. Et puis finalement je suis tombé face à face avec lui, avec cette silhouette que j'avais déjà croisé ces derniers temps sans y faire vraiment attention. J'ai ouvert de grands yeux.

"Oh putain, c'est toi ?" que je me suis exclamé.

Il m'a sourit.

"Quoi, t'as pas reçu mes cartes postales ?" qu'il m'a rétorqué.

Monsieur Bremier est de retour.

Sven Thomasson Vërgson
16ème jour de Novembre 2067

PS : ça tombe bien qu'il soit de retour, ça te fait de quoi lire. Et si tu pensais que cette note parlait de mon propre "come back" sur la toile, tu en es pour tes frais. Et arrête un peu de râler, ça fait même pas deux semaines que je me suis barré : je t'ai parlé d'une parenthèse, pas d'une pause pipi.

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06 novembre 2007

Parenthèse

J’ouvre une parenthèse.

Je n’ai pas envie de la fermer. Ma gueule, je veux dire. Et pourtant je ne trouve rien à te raconter. C’est pas que j’hiberne, hein, ni que ma vie se soit figée dans une gangue de glace. Mais comme cela arrive de temps à autre, rien ne sort : mon inspiration s’est roulée en boule au fin fond de mon arrière-cerveau, au chaud, et refuse obstinément d’en sortir. Et j’ai fait largement assez de gras récemment pour qu’elle tienne un siège : attends-toi à ce que ça dure un peu. Si ça peut t’apporter un quelconque réconfort, saches que mon inspiration m’a déjà prouvé plusieurs fois par le passé que la forcer ne menait à rien de bon, et qu’à attendre qu’elle refasse le plein de sens mes mots gagnaient en intérêt.

J’ouvre donc une parenthèse, et ferme un peu ma gueule.

Sven Thomasson Vërgson
6ème jour de Novembre 2067

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02 novembre 2007

Petit déjeuner

Une miette échappa à mes lèvres gercées, et s'envola aussitôt dans la nature, portée par le vent. Pas grave : c'est biodégradable, une miette de croissant. Si tant est que la nuée d'oiseaux qui joue dans les courants ascendants la laisse passer. Je souriais, j'étais bien.

Je me suis levé tôt, hier, et je me suis fait un petit plaisir : passer à la boulangerie m'acheter des croissants pur beurre et monter à la surface pour les déguster face à la mer. Il faisait un temps splendide, et le soleil encore bas sur l'horizon liquide rendait la lumière aveuglante. Pourtant, je n'ai pas mis mes lunettes. Je me suis contenté de plisser les yeux devant ce soleil levant, laissant le vent fouetter mon visage, oubliant pour un temps les ruines prises dans la glace et la neige auxquelles je tournais le dos.

Ce sont de petits bonheurs simples, que je suis particulièrement fier de savoir savourer. Je grimace toujours intérieurement quand des gens me disent "oh non, moi je pourrais pas ! Sortir ? Houlà non ! Et vous vous êtes levé si tôt juste pour le lever de soleil ? Vous devriez voir un psy !".

Plus ça va, et plus l'homme fait sa larve, blotti dans le cocon qu'il se créé autours de lui. Et je suis vraiment pas sûr qu'au final ça donnera un beau papillon.

Sven Thomasson Vërgson
Second jour de Novembre 2067

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